Sunday, March 30, 2008

Pourquoi un comité scientifique indépendant est-il nécessaire ?

Quel projet de société voulons nous sur le littoral?

(discours fest noz Port Louis le 08 Septembre 2007)

Par Yves Lebahy

Géographe


Dans cette affaire des prélèvements de granulats marins du secteur Gâvres-Quiberon qui nous intéresse, mais fort probablement dans des démarches analogues de recherche et d’extraction situées dans d’autres secteurs géographiques en cours ou envisagés, deux questions majeures se trouvent posées depuis le début et ne facilitent en rien le dialogue avec le consortium des groupes qui demande ce permis d’exploitation, dialogue auquel nous n’avons jamais été fermés mais qui semble actuellement dans l’impasse (à en croire les représentants des groupes incriminés) :
- La crédibilité d’une communication au grand public d’un côté, qui pose tout autant la question de la neutralité de l’expertise scientifique que celle de l’utilisation qui en est faite.
- Les motivations de cette demande d’extraction qui posent le problème du besoin, c’est à dire celui du projet de société que nous voulons sur ce littoral.


Sur le premier point, la communication qui est faite à partir des expertises scientifiques pose problème. Il ne s’agit pas de mettre ici en cause le sérieux de ces études, conduites le plus souvent par des experts et des bureaux d’études reconnus, mais bien de mesurer l’impact de leur dépendance à l’égard d’un commanditaire qui représente uniquement l’intérêt des sociétés d’extraction qui les financent, dans des conclusions unilatérales qui peuvent paraître contestables sur certains points. Mais plus que la crédibilité de leurs conclusions, c’est l’usage qui en est fait par les groupes pour communiquer à l’égard du grand public, les utilisant pour affirmer que ces prélèvements sont sans danger pour les équilibres naturels et faunistiques. Or certains arguments sèment le doute, plus qu’ils n’apportent de la crédibilité à l’argumentaire développé. La communication ainsi réalisée semble peu honnête, voire manipulatrice; exemples : l’absence d’effets de la houle sur les fonds de plus de 20 m, le rôle d’obstacle d’une soit disant barrière rocheuse dans la migration des sédiments, l’absence d’interférence entre les systèmes dunaires depuis 8000 ans… toutes affirmations suspectes pour qui est informé de ces choses.
Dans quelle mesure peut-on considérer comme crédibles de telles affirmations péremptoires ? Elles ne relèvent en rien de la prudence et de l’humilité que doivent avoir les conclusions scientifiques normalement marquées par le doute et l’interrogation. Elles jettent un discrédit sur l’argumentaire développé par les groupes sur ces sujets d’importance, dans leur communication.
Les études, pour être crédibles doivent rester neutres. Elles nécessitent du temps (15 ans en Grande Bretagne pour des études analogues). La communication qui en est faite doit être humble, mesurée et nuancée. Se trouve ainsi posée la question fondamentale d’un comité scientifique indépendant de tout intérêt, confrontant les points de vue et contrôlé par les institutions en place. C’est ce que nous appelons de nos vœux.


Quant au second point, celui des besoins en sables, il mérite lui aussi d’être nuancé. Certes les tendances actuelles du marché nécessitent un approvisionnement croissant sur la région mais aussi en Ile de France et dans le Sud Ouest, pour ne rester que sur le marché français. En Bretagne, plus particulièrement, il est réel : effectivement le marché breton consomme actuellement 10 tonnes de granulat par habitant et par an quand le marché national s’établit sur une moyenne de 7t/h. Mais cette tendance est-elle dans une logique économique justifiée dans le cadre d’un développement durable auquel nombreux sont ceux qui s’y réfèrent ? Quant on sait qu’actuellement en zone littorale, c’est à dire là où résident les 2/3 de la population de la région, la moitié des constructions réalisées sont des résidences secondaires, on peut s’interroger sur le bien-fondé d’un tel besoin. Même les responsables régionaux du tourisme s’inquiètent aujourd’hui de ces orientations qui, au-delà de la simple question de la déstabilisation du trait de côte, condamnent à terme l’activité touristique de la région. Par ailleurs, les effets de telles orientations ont des conséquences socio-économiques néfastes et largement démontrées aux équilibres de la société : mono-activité touristique, exclusions sociale et générationnelle, mobilité accrue des populations. A un moment où la région se lance dans un projet pour son littoral (Cf : Charte du littoral breton) est-il pertinent de laisser les tendances du marché organiser ainsi notre vie et transformer de la sorte notre environnement ?

Il est urgent que les choix politiques priment sur les tendances économiques. Cette question du soi-disant besoin en sable est révélatrice des problèmes que doit affronter notre société. Ces besoins ne sont en rien une nécessité. Les instances politiques orientant un projet de vie pour les populations littorales de la région ont à se positionner sur cette question qui dépasse largement la simple dimension locale de Gâvres-Quiberon. Nous attendons leurs réponses.

Yves LEBAHY
Géographe
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Saturday, July 07, 2007

Avec LE PEUPLE DES DUNES, dites NON A L’EXTRACTION DE SABLE EN MER

Plus de 12 000 personnes se sont mobilisées le dimanche 25 Mars 2007, à Erdeven (56), pour s’opposer à un projet d’extraction de sable en mer, par les cimentiers Lafarge et Italcimenti, qui entendent extraire 600 000 tonnes de sable par an pendant 30 ans, soit 18 millions de tonnes, à 3 milles du plus grand massif dunaire de Bretagne.



Ce massif dunaire, classé pour partie Natura 2000, fait partie intégrante du Grand site qui va de Quiberon à Gâvres. L’État, la région et le département y ont investi des sommes importantes pour protéger la faune et la flore.

 

Des risques avérés :

• risque d’érosion du trait de côte en raison du prélèvement d’un sable qui date des dernières glaciations et qui ne se renouvellera pas. La nature ne fabrique plus de sable ; il s’agit d’un stock fini qu’il y a lieu de préserver pour les futures générations ;
• risque à terme de submersion marine des terres et des maisons, construites, pour beaucoup, en dessous du niveau de la mer ;
• destruction certaine des frayères de pêche
• mise en péril de l’avenir de la pêche dans cette zone où, depuis des siècles, est installée une chaîne alimentaire, et où travaillent en rotation une centaine de bateaux.
• atteinte à la qualité des eaux de baignade en raison de la turbidité provoquée par l’élinde qui aspire le sable
• et donc menace sur l’avenir touristique de cette zone qui constitue pourtant le deuxième plus beau site dunaire d’Europe.

Une épée de Damoclès :

la mise en suspension des sables et des vases peut réveiller des espèces de phytoplancton indésirable, en dormance dans les sédiments. Leur éventuelle prolifération mettra en péril toute l’économie ostréicole locale.

Une catastrophe programmée :

il suffit de voir notamment l’état des plages du cap Fréhel, de Saint Jean du Doigt, de Lannion ou de Wissant, de l’île Tudy, de Pornic et de la Bernerie, suite à des extractions de sable en mer

Des études scientifiques faites par les cimentiers qui ne sont pas à la pointe de l’art :

pas d’analyse d’impact sur le trait de cote de l’extraction de sable au large et pas de prise en compte des conditions climatiques plus violentes telles que nous en avons connues dans un passé récent.

Des enjeux économiques à revoir :

les pouvoirs publics doivent empêcher clairement les industriels de piller les réserves naturelles et les inciter ainsi à investir sérieusement sur des projets innovants en termes de matériaux et à recycler les matériaux de démolition.

Une application indispensable du principe de précaution :

la gouvernance environnementale exige ici, conformément à tous les textes fondateurs internationaux, européens ou nationaux, l’application du PRINCIPE DE PRECAUTION. Il y va du développement durable de toute une région. C’est notre devoir de préserver, pour les générations futures, ce patrimoine d’une richesse inouïe.

Venez rejoindre le peuple des dunes et refusez, avec lui, ce risque d’une véritable catastrophe écologique.

Participez à ce devoir de VIGILANCE CITOYENNE

Rendez-vous au Fest-noz du 8 septembre (Citadelle - Port-Louis - Morbihan)

Posted by Bruno at 01:01:37 | Permanent Link | Comments (0) |

Friday, July 06, 2007

Jean Pierre Le Visage souligne les erreurs de Didier Collonge

L'article "Extraction de sable Lafarge s'explique" a fait plus que sursauter les membres du Peuple des dunes, Jean Pierre Le Visage, président de l'Observatoire du Plancton à Port-Louis réagit vivement à trois passages de ce texte :

Commentaires :

1 "De plus, c'est une zone abritée, calme y compris pendant les grandes tempêtes, ce qui favorise la stabilité du fond." (Didier Collonge - Lafarge)

Depuis des semaines, de nombreux côtiers attendent avec impatience un anticyclone stable pour pouvoir enfin travailler régulièrement. Pourrait-on un jour proposer à Monsieur Colonge d'aller faire un petit tour en mer, sur le "trapèze" par 30 noeuds de vent seulement? Il verra alors le "calme" ... Monsieur Collonge aurait du se renseigner auprès des pêcheurs : par gros temps, dans ces parages, des creux de 5m sont la norme. D'autre part, le fond est tellement stable...qu'il est strié de superbes ripple-marks.

2 "Quoiqu'il arrive, l'extraction n'empêchera en rien les poissons de continuer à vivre leur vie au fond" (Didier Collonge - Lafarge)

Avant d'affirmer que :" Quoiqu'il arrive, l'extraction....leur vie au fond.", il aurait du prendre deux précautions : - consulter un livre de SVT 6ème pour une première approche de la Chaîne Alimentaire; - pousser la porte de l'Observatoire du Plancton à Port-Louis afin de parfaire ses connaissances. Zéro pointé pour ses affirmations.

3 "Nous faisons des prélèvements, et pour l'instant, nous n'avons pas rencontré d'espèces rares ou protégées" (Didier Collonge - Lafarge)

Enfin, au sein du collectif Peuple des Dunes, personne n'a parlé "d'espèces rares ou protégées" menacées par l'extraction éventuelle. La réalité est plus simple mais navrante : lorsque l'élinde aspire le substrat, le premier maillon de la Chaîne Alimentaire disparaît. Et pour longtemps. Les poissons et autres animaux très mobiles quittent les lieux pour aller chercher leur nourriture ailleurs ( pas de chance pour les sédentaires du substrat !). Le pêcheur sur le "trapèze" sera alors en voie de disparition... Et pour nous, voilà l'espèce à protéger.

L' article paru semble anodin. En réalité, Lafarge continue discrètement son intoxication.
 
Jean Pierre Le Visage 
Posted by Bruno at 20:33:18 | Permanent Link | Comments (4) |

Wednesday, May 23, 2007

Peuple des dunes, images sous-marine du sable convoité par Lafarge

Sur anoriant.tv, des images sous-marine de la zone d'extraction de sable, convoitée par le groupe Lafarge, entre Gâvre et Quiberon. Cette vidéo de l'Observatoire du plancton / H2O Subimage, a été réalisée le 16 mars 2007, par 38 mètres de profondeur (47°33'90"N et 03°17'85"O)


"Ce sont les premières images sous-marines provenant du site d'extraction convoité par les cimentiers. La visibilité était très mauvaise lors de cette plongée!
On remarque tout de même des "dunes" sous marines de 50 cm de hauteur qui laissent penser que les effets de la houle sont très importants même à 38 m de fond."

Posted by Bruno at 07:34:30 | Permanent Link | Comments (0) |

Monday, March 26, 2007

Yves Lebahy - Peuple des dunes discours d'Erdeven le 25 mars 2007

 


Prise de parole d'Yves LEBAHY

Géographe

 

Pourquoi je me suis mobilisé ?

Pourquoi avons-nous à nous mobiliser ?



Lorsque j’ai eu connaissance de ce projet, il y a quelques mois seulement, et des premiers documents qui circulaient à son sujet, j’ai tout de suite été en alerte pour trois types de raisons au moins.

La première, mettait en jeu des documents scientifiques expliquant que l’opération serait sans effets sur le littoral.
C’est ignorer que toute action humaine quelle qu’elle soit, où qu’elle soit, génère un déséquilibre des milieux et je suis trop attaché au principe de géosophie cher à certains géographes, c'est-à-dire un rapport profond de sagesse et d’humilité que doit entretenir l’homme à l’égard de la terre qui nous porte et nous nourrit, pour n’avoir pas été immédiatement en alerte, surtout sur un milieu aussi complexe et ignoré que le milieu marin au contact des côtes.

A la lecture de ces documents, j’ai été en effet surpris de certaines affirmations. Ainsi l’action de la houle sur les fonds était niée ou tout au moins minimisée ce qui remettait en cause tout ce que j’ai pu apprendre dans le passé sur cette question et que j’enseigne auprès de mes étudiants. Mais le doute primant, je me suis mis à la recherche d’informations qui ont confirmé mes présomptions, j’ai interrogé à ce sujet des personnes qualifiées en la matière, comparé mes estimations aux leurs ; ils n’ont en rien contredit mes hypothèses. Mieux, tout récemment une plongée sur le site d’étude, réalisée par –38 m a démontré que les impacts étaient encore plus importants que ceux que nous pouvions imaginer. Il y a bien sur les fonds de la zone potentielle d’exploitation mise en mouvement des sédiments. Et l’étude de sites proches démontre à quel point l’action humaine en la matière est déstabilisante : je pense à la disparition du poulier de la Laïta résultant 50 ans après des extractions de sables de l’époque de l’occupation et de la reconstruction, aux interrogations quant aux perturbations constatées de la plage des Grands sables à Groix.

Que dire alors de la minimisation ou l’occultation dans ces études d’autres phénomènes tout aussi importants dans les dynamiques littorales, tels que ceux des courants de dérive littorale, de transfert présents ou passés des sédiments de systèmes dunaires fossiles vers les systèmes dunaires observables aujourd’hui sur le trait de côte, des évolutions morphologiques du trait de côte et de tous ces incidents ponctuels observés ces dernières années. Toutes interrogations qui restent sans réponse dans ces analyses scientifiques.

Mais plus grave, celles-ci, dépendantes de commanditaires intéressés, donnent la nette impression d’être téléguidées ou bienveillantes, focalisées aux seuls besoins de l’extraction et ignorant les effets environnants, limitant leurs analyses aux seuls effets immédiats mais ne prenant pas en compte les résultantes sur la totalité de la zone. Et surtout, on peut être amené à douter de leur sérieux car elles ne prennent pas en compte tous les phénomènes, ne les perçoivent pas sur un temps long, sur des conditions variables de milieu (tant actuellement que dans l’histoire géologique récente), ne tiennent pas compte de leurs limites techniques sur ce champ spatial limité et fluctuant dont les dynamiques sont très difficiles à modéliser. Elles semblent enfin ignorer ce que la simple observation peut révéler à l’œil exercé du géographe que je suis : la morphologie des côtes révèle bien plus que certaines analyses physiques ou mathématiques pointues qui focalisent leur raisonnement sur des aspects limités de la question.

Face à de telles incertitudes d’analyse, un principe simple doit prévaloir : le principe de précaution. Il guide actuellement tous les textes internationaux, européens ou nationaux en matière d’aménagement et de comportement des hommes face aux milieux. Dans le doute abstenons nous : Nous avons trop d’exemples en tête parfois très proches (barrage d’Arzal, marémotrice de la Rance), d’actions humaines fondées sur des études scientifiques soit disant irréprochables qui démontrent aujourd’hui leur aberration. Ce que souligne un des derniers rapport de l’Observatoire du littoral de l’Institut Français de l’Environnement (Ifen n°113 de Sept.2006) lequel met en rapport la forte régression d’1/4 du littoral métropolitain avec les exactions de l’homme. Que dire alors lorsque le niveau des mers aura augmenté de 50cm ?



La seconde relève des contradictions inhérentes aux activités humaines

portées sur ce milieu fragile et convoité que constitue la côte sud de la Bretagne voire tout le littoral de la Région , si ce n’est la région toute entière. Il s’agit ici d’une raison profondément politique au sens profond du terme. Elle souligne les contradictions croissantes auxquelles est confrontée notre société en terme de gestion de son territoire. Dans les années 60/70, cette dernière s’est peu à peu orientée vers une économie touristique et de villégiature, signe de ce qu’elle a pris pour un accès à la « modernité ». Aujourd’hui elle est dans l’œil du cyclone et cette logique arrive à son terme : le littoral breton concentre 1/3 des constructions réalisées sur le littoral français, la côte du Morbihan à elle seule 10%. Or la moitié de ces constructions sont des résidences secondaires ou de retraite et le phénomène, s’il n’est freiné voire stoppé, ne peut que se poursuivre : 300 000 nouveaux habitants sont attendus d’ici 2020, 150 000 pour le seul Morbihan. Or ceux-ci n’ont qu’un rêve : accéder à un pavillon individuel en bord de mer. Une bonne part des besoins en sables actuellement avancés (1,2 millions de tonnes/an) résulte de cette pression que rien ne vient contrecarrer et des besoins en construction qu’elle génère.

On sait aujourd’hui les conséquences de tels choix en matière économique, sociétale, environnementale. C’est la déstabilisation des activités primaires dépendantes d’un milieu naturel de qualité et fondement pérenne de nos économies. C’est l’éclatement social et générationnel qui affecte notre société, dont le coût social, culturel et économique est lourd pour la collectivité et l’identité de nos milieux.

C’est la destruction irrémédiable par l’artificialisation des milieux et paysages que tout le monde nous envie.

Mais c’est aussi la destruction progressive de ces équilibres et des harmonies paysagères, le risque de déstabiliser indirectement le trait de côte par ces extractions que cette économie de la villégiature fondée pourtant sur ces qualités environnementales, vient elle-même détruire : le serpent se mord la queue.

Nous sommes arrivés au point majeur de la contradiction :

il nous faut opérer d’autres choix économiques, définir une autre logique de vie. La question de cette extraction a au moins le mérite de poser le problème et de souligner l’impasse dans laquelle nos sociétés se sont engagées depuis 40ans. Dans le cadre d’un développement durable, il nous faut stopper nos actions prédatrices, restreindre nos activités minières à la stricte nécessité !

Elle remet en cause notre urbanisation littorale, nos modes de constructions fondés sur des matériaux non recyclables, notre dépendance à l’égard de ressources particulières du milieu. Elle souligne « la disparition de l’identité sociale culturelle et économique du littoral, le gaspillage d’atouts et de ressources géographiques économiques et humaines d’une immense valeur et qui ne sont en rien renouvelables » - Cf texte du CNADT du 9 Juillet 2003, Message d’alerte, un nouveau contrat social pour le littoral -.

Et c’est bien là le troisième point.

Cette citation démontre les contradictions entre une volonté politique affichée à laquelle les populations doivent se convertir et des pratiques de gestion des territoires d’un autre âge. Il en résulte une cacophonie que le citoyen ne comprend plus. Avec un tel projet un pacte social est rompu.

Car la politique de gestions des littoraux a beaucoup évolué ces derniers temps. Elle est passée d’une logique de protection à une logique de préservation, c'est-à-dire d’une logique de correction à une logique d’anticipation . A travers la mise en application de la Gestion intégrée des zones côtières (GIZC), prônée par l’Union européenne et mise en application par la France en 2004, c’est toute une pratique de responsabilisation des populations côtières à l’égard de leur milieu, tant sur terre qu’en mer, qui est lancée. Elle vise à l’auto responsabilisation des collectivités locales à l’égard de leur territoire, au développement d’une écocitoyenneté, à une gestion anticipatrice et partagée sur des projets à longs termes.

Ce territoire du Pays d’Auray et de Lorient est au cœur de la mutation. N’a-t-il pas mis en œuvre une opération Grand Site, remarquable par son ampleur et ses enjeux. Le territoire de la Rivière d’Etel, en avance dans la réflexion sur la cohabitation de activités agricoles et conchylicoles, a été retenu il y a un an comme territoire d’expérimentation de la GIZC parmi 27 autres sur le littoral métropolitain ; c’est qu’il en valait la peine. La mutation des esprits politiques et citoyens en en œuvre sur ces territoires. Il ne faut en rien la stopper !
 
Le projet d’extraction y débarque sans qu’une réelle information , une véritable discussion avec les populations et leurs représentants ne se soit développée. C’est ignorer les mutations en cours en matière de politique littorale, les efforts demandés aux collectivités et l’implication nécessaire des populations dans le choix de leur projet de vie.
 
Il y a là rupture d’un contrat moral et politique.
 
Il y a là risque de détourner les populations de la mutation politique essentielle à engager pour que ces littoraux restent des lieux de vie, de loisirs mais aussi de travail pour tous.
 
Cette question est encore plus essentielle.

A tous ces titres ce projet d’extraction ne semble en rien pertinent. Il doit être analysé en d’autres termes sinon radicalement stoppé.


Y.L.


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Pierre Mollo - Peuple des dunes discours d'Erdeven le 25 mars 2007


Prise de parole de Pierre Mollo

Enseignant chercheur

 

Erdeven
25 mars 2007

 

De la biodiversité des vases et des sables découle la diversité des métiers de la pêche et la conchyliculture

Gérer les ressources vivantes de la bande côtière, c’est aussi prendre en compte les ressources halieutiques hauturières.

La terre nourrit la mer notamment par la rivière qui est un véritable trait d’union. Les êtres vivants des océans ont besoin des nourriceries des marais littoraux, des estuaires et des fonds sableux pour se développer, comme la terre a besoin des forêts pour nourrir son sol. De la même façon, dans les vases des estuaires, les microorganismes du sol vont digérer les matières végétales en décomposition, à leur tour ces microorganismes, par leurs déjections, vont alimenter les bactéries qui se transformeront ensuite en sels nutritifs indispensables au bon développement des plantes et des algues.

Le transfert des nutriments de ces espaces continentaux jusque dans la mer concourt à faire des zones humides littorales des sites privilégiés, des interfaces entre terre et mer. Du mélange subtil des eaux riches en éléments minéraux et des eaux océaniques naîtra une production diversifiée de phytoplancton qui, à son tour, alimentera toute la chaîne trophique du plancton.

La grande diversité végétale et animale marine dépend de la préservation de ces équilibres naturels.

Du vivier de la mer nous vivrons si, demain, nous savons protéger le vivant de la terre, des vases et des sables.

Les profondeurs océaniques apportent leurs contributions aux productions importantes d’espèces marines. Depuis la nuit des temps, le peuplement des océans, par la vie et la mort successives, n’a eu de cesse d’accumuler dans les profondeurs abyssales des sels minéraux dus à la décomposition de la matière organique. La mécanique océanique « UPWELLING » remonte des profondeurs des eaux froides les nutriments nécessaires à la prolifération, dans les eaux de surface, des algues microscopiques. L’oxygène produit par ce phytoplancton favorisera le développement du zooplancton (herbivore de ces microorganismes) qui deviendra à son tour la proie essentielle des poissons fourrages (sprats, anchois, sardines…) qui eux-mêmes feront le bonheur des grands prédateurs.

Ainsi, à la rencontre des eaux estuariennes et des profondeurs abyssales se développe toute la biodiversité halieutique de nos mers côtières. La brièveté de la vie du plancton en fait un excellent indicateur de la qualité des milieux aquatiques. Il est la synthèse à l’aval des actions de l’amont, il est le résultat du comportement des actions humaines (physique, chimique, biologique ; les barrages ; les extractions de sables ; les pesticides ; les déjections…). Les modifications et les perturbations du plancton participent à la raréfaction de certaines espèces et peuvent déséquilibrer les réseaux trophiques et la pyramide de la vie marine.

La spécificité du littoral breton est dû à sa géographie, véritable laboratoire à ciel ouvert, le panache des eaux estuariennes s’en allant bien au delà des espaces côtiers, vers le large. Ainsi, le large, voire le grand large, bénéficie des apports de nutriments transportés par les courants continentaux. Les professionnels de la pêche hauturière doivent donc se sentir concernés et être attentifs à la qualité des eaux côtières : leur métier en dépend. Les choix d’aménagement du littoral ont également des résonances sur l’écologie des mers et leurs conséquences peuvent devenir irréversibles pour les ressources marines. L’aquaculture (mise à part la conchyliculture) n’est pas la baguette magique contre la diminution des stocks de poissons.

Elle n’est qu’une des étapes qui a permis d’acquérir les savoir-faire en matière de reproduction et d’obtention de juvéniles d’espèces marines. Elle pourrait devenir demain une activité au service du repeuplement des mers. La mer, comme la terre, sera alors capable d’assurer la production des protéines nécessaires à l’humanité à venir.


Aujourd’hui les menaces d’extraction de sédiments risquent de mettre à plat tous les efforts engagés depuis de nombreuses années.

Les pêcheurs, les conchyliculteurs ce sont regroupés pour mener ensemble des actions de concertation pour la reconquête de la qualité des eaux côtières.

La mise en suspension des sables et des vases occasionnées par des extractions intensives de sable peuvent à terme réveiller des microorganismes en dormance dans les sédiments, et ainsi encourager la prolifération d’espèces de phytoplancton indésirable qui mettront en péril toute l’économie de l’ostréiculture et de la pêche du site de la Ria d’Etel avec une répercussion sur toute la bande côtière de cette région.


Posted by Bruno at 10:13:24 | Permanent Link | Comments (7) |

André Berthou - Peuple des dunes discours d'Erdeven le 25 mars 2007


Prise de parole d'André BERTHOU,

Président de l'Association de Sauvegarde et de Protection du Littoral de la Presqu'ile de Gâvres

ERDEVEN
25 mars 2007


Je vous remercie d’être venus si nombreux soutenir le Peuple des Dunes contre l’extraction de sable et graviers siliceux marins, à 5 kms au large d’Etel, entre la presqu’île de Gâvres et la presqu’île de Quiberon.


Votre présence aujourd’hui, sur le site, montre bien votre indignation à l’égard de ce projet de recherche qui a été accordé, le 3 mai 2005, aux sociétés Lafarge et Italcimenti, détenteurs du PER Sud Lorient (permis exclusif de recherche)

Depuis toujours, les pêcheurs connaissent la « Baie d’Etel» comme lieu de pêche. Comme des milliers de confrères, j’ai passé de nombreuses années de ma vie sur cette mer que j’aime et que je respecte.

Aujourd’hui, il faut que le « Peuple des Dunes » sache que l’extraction de granulats prévue devrait se faire pile dans la zone de pêche exploitée depuis des siècles.

Je suis sur l’eau depuis 38 ans et j’ai tenu la barre d’un bateau de pêche pendant 31 ans, nuit et jour. Je peux vous dire que, du haut de la passerelle, avec mon équipage, j’ai affronté des mers difficiles et houleuses sur cette zone. C’est la raison pour laquelle on m’a élu président de l’association de sauvegarde et de protection du littoral de la presqu’île de Gâvres.

Oui, ce périmètre prévu pour l’extraction est un secteur de pêche important pour les professionnels. Ils sont environ une centaine de bateaux artisans à fréquenter régulièrement ce secteur de pêche. Ces professionnels pratiquent des métiers différents, tels que les filets, les casiers, la ligne, le chalut , auxquels il faut ajouter les sardiniers qui pêchent sur cette zone, pour ainsi dire, toute l’année, avec des périodes d’abondance de début juin à fin octobre.

Tout ce secteur est d’une richesse infinie aussi bien en poissons plats (soles, turbots, carrelets, baudroies) qu’en poissons ronds (merluchons, merlans, lieux, lançon, tacos, bars). Il y a également les poissons pélagiques, comme les sardines, les maquereaux, les anchois, les mulets et les sprats, sans oublier les crustacés, araignées, crabes, tourteaux et crevettes roses.

Une analyse du contenu d’un seau de sable prélevé dans un tas de sable d’extraction sur la quai de Great Yarmouth, en Angleterre, fait ainsi état de l’extermination de la vie marine. L’auteur, Pat Gowen, a trouvé : « 28 embryons de sole, carrelets, limandes et turbots ; 18 étoiles de mer ; 10 crevettes ; 18 crabes de plusieurs sortes, une langouste, plusieurs moules, coques et couteaux et diverses espèces de plantes marines ».

Cela veut dire qu’à court terme toute cette zone très riche sera sinistrée, d’où un manque à gagner pour les professionnels de la pêche.

Il faut savoir également que pendant 150 jours par an, il n’est pas possible d’aller en mer, sur cette zone ; qu’il faut par ailleurs composer avec les artilleurs du polygone de tir en mer de Gâvres, ce qui prouve que lorsque les cimentiers affirment qu’ils enverront un bateau chaque jour pour faire des prélèvements, ils n’ont aucune connaissance de la mer et des réalités locales. Et les grandes houles, dont Lafarge dit qu’elles ne dépassent pas 30 heures par an, sont beaucoup plus fréquentes et sont redoutables.

Ces mêmes professionnels de la pêche sont déjà confrontés à plusieurs facteurs négatifs, comme par exemple le carburant cher, les contrôles maritimes, les quotas etc.

Il est évident qu’une autorisation d’exploitation par les sociétés Lafarge et Italcimenti dans le secteur prévu pour l’extraction obligerait les pécheurs à se délocaliser vers d’autres pêcheries.

Secteurs, d’ailleurs, déjà occupés par un certain nombre d’autres marins. Ce qui de fait, diminuera la rentabilité de chaque bateau puisque les parts du gâteau deviendront automatiquement plus petites avec, en plus, le risque d’une cohabitation difficile pouvant amener des tensions entre marins.

Je pense également aux pécheurs professionnels à pieds qui travaillent sur les grèves ou les plages le long des dunes et qui ne pourront plus continuer à vivre de leur métier si le sable s’en va.

Cette baie d’Etel, cette petite tache, sur une carte, a su nourrir des milliers de familles. On y pêche encore ; on y pêchera toujours ; oui, mais à une seule condition : qu’on ne touche pas au fond !!

De savoir qu’en une seule extraction par jour, des milliers de m2 du fond de la mer seront détruits pour des dizaines d’années me révolte.

Une suceuse ne fait pas de détail !!! Tout y passe : sable, graviers, galets… mais aussi vers, petits crustacés, mollusques, œufs et laitances, c'est-à-dire TOUT ce qui sert de nourriture aux poissons… Sans compter le caractère trouble de l’eau remuée par les vases.


Bien, bien avant 30 ans d’exploitation, les pêcheurs auront alors déserté les lieux de pêches de nos ancêtres. Pour aller où ? Nulle part !! Pour mettre leur sac à terre…

Le pêcheur que je suis ne peut se plier aux exigences des cimentiers.

Nous ne saurons accepter ce projet fou ! Ni ici, ni ailleurs du reste.

A nous tous de protéger nos deux patrimoines : la beauté de la côte et notre pêche artisanale, pour nous et les générations futures.


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Friday, March 23, 2007

Ouest-France Les pêcheurs refusent l'extraction de sable

Revue de presse

Ouest-France

Les pêcheurs refusent l'extraction de sable

Lire l'article :

Posted by Bruno at 09:33:40 | Permanent Link | Comments (0) |

Sunday, March 18, 2007

IFREMER extraction de sable répercussions sur l'environnement

La chronique sur France-Info de ce matin, présentant l'opposition au projet d'une manière "légère", il me semble intéressant de revenir sur différents arguments.

Sur le site d'Ifremer, la recherche et l'exploitation d'agrégats en mer est largement décrite, vous trouverez les pages à partir de ce lien.


extrait :

Les répercussions sur l'environnement

L'exploitation du fond de la mer, quelque soit son objectif et les précautions prises, entraîne des modifications temporaires ou permanentes du milieu marin. Ce système est complexe et l'interdépendance des facteurs physiques, chimiques et biologiques est telle que la modification de l'un d'eux peut entraîner une évolution irréversible du milieu.

Au cours de l'extraction de granulats, l'eau est le premier milieu altéré par création d'une turbidité : en profondeur par le passage du bec d'élinde, en surface par le rejet des particules fines avec l'eau de la surverse. Si faible soit-elle, on ne peut tenir cette turbidité pour négligeable du fait de ses implications sur la flore et la faune benthiques. Les particules fines vont former un panache qui, entraîné par les courants se déposera à nouveau soit en mer, soit sur le littoral.

A la suite de l'extraction, il y aura un changement de la morphologie du fond qui pourra modifier le régime des courants de fond au voisinage du site exploité. En modifiant ainsi l'équilibre des sédiments superficiels, auxquels on peut rattacher dans certains cas les sables littoraux, ces extractions pourront provoquer ou aggraver l'érosion côtière, particulièrement dans le cas d'exploitation à proximité des côtes et par faible profondeur d'eau. Les excavations peuvent, de plus, rendre ces secteurs temporairement impropre au chalutage.

L'impact des exploitations anciennes a été mis en évidence, grâce au sonar latéral, dans les sédiments grossiers (graviers et galets) ; les traces demeurent visibles pendant plusieurs années après la fin de l'activité (Fig. 6). Ces marques témoignent de la faible mobilité de ce type de sédiments, qui ne permet pas le comblement rapide des sillons. En domaine sableux, par contre, les traces de l'extraction sont plus facilement effacées.

Sillons de dragage

Les effets des exploitations sur les ressources biologiques seront soit immédiates et donc évidentes, soit à long terme et seul un suivi sérieux permettra d'en mesurer l'importance.

Parmi les répercussions immédiates, la destruction du peuplement benthique dans la zone d'exploitation est indéniable. Cette destruction affecte essentiellement les invertébrés directement exploitables par l'homme ou sources de nourriture pour certains poissons. Il convient de citer également le risque de destruction des frayères pour les espèces qui pondent sur le fond (hareng en Manche orientale et en Mer du Nord), dont l'intérêt commercial est important et des nourriceries où se concentrent les jeunes individus.

Les répercussions à plus long terme sont moins aisées à mettre en évidence. Elles sont difficiles à différencier, avec certitude, des variations saisonnières ou annuelles naturelles. En cas d'exploitation extensive, les changements notables dans la répartition des différents substrats modifieront les relations avec les peuplements qui leur sont associés. En particulier les creusements effectués à travers des dépôts de sédiments fins pour atteindre les graviers sous-jacents laissent des traces durables ; or les peuplements les plus productifs se trouvent sur ces sédiments fins. La sédimentation de particules fines, remises en suspension lors du dragage et concentrées par les courants de fond, peuvent également changer la nature du substrat.

C'est pourquoi une étude d'impact détaillée doit être effectuée avant toute exploitation de granulats marins. Elle doit comportée au moins :

- une reconnaissance géologique précise du site et de ses ressources ;
- des mesures des conditions hydrodynamiques ;
- une détermination de la richesse benthique ;
- une enquête sur les activités halieutiques ou aquacoles.


Le collectif conteste notamment

la validité des études faites par Lafarge pour Lafarge, Pierre Mollo rappelait, lors d'une soiré débat, que notamment dans un domaine ouù il n'existe que des recherches partielles, un scientifique "ne trouve que ce qu'il cherche".


L'étude présentée par Lafarge est-elle scientifique ?
Yves LEBAHY problèmes soulevés par les prélèvements de sables marins
Le soutien de lObservatoir du plancton (Jean Pierre LE VISAGE et Pierre MOLLO)

Sur la liste des signataires de la pétition en ligne, il est étonnant de remarquer la "sur-représentation" de personnes ayant une profession leur permettant d'avoir une lecture professionnelle du rapport d'étude et des conclusions présentées par Lafarge sur son site : Lafarge granulats - projet Sud-Lorient. Site mis en ligne par le cimentier (après la découverte du projet et le début de la mobilisation) pour prouver la valeur scientifique d'arguments présentés comme irréfutables, et ainsi écraser la contestation d'un "peuple des dunes" par postulat réputé inculte et non-compétent.

De plus, Lafarge n'a pas réussit à convaincre les différents professionnels de la mer de l'absence de risques pour la pratique de leurs métiers et on constate qu'il a fait totalement l'impasse sur leur expertise d'utilisateur, comme l'ont fait remarquer messieurs LE VISAGE et MOLLO lors des soirées débats où ils intervenaient. Expertise de pratique du lieu, également largement développé par André Berthou pilote du collectif et patron pêcheur en retraite.
 
BC 


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Friday, March 16, 2007

L'étude présentée par Lafarge est-elle scientifique ?

Document envoyé, par le Dr Frédéric Saint-Cast, du Physical Oceanography ans sedimentology Modeller petroleum and marine division à Canberra en Australie, en réponse à l'envoi du collectif le Peuple des dunes, pour expertise.
Objet : l'étude Seamer sur le projet d’extraction de sable dans la baie allant de Gâvres à Quiberon, commanditée par le groupe Lafarge . Etude à l'origine et support des différents articles parus récemment dans la presse locale :

Le Dr répond en français :

Merci pour ces documents Seamer. Malheureusement, il ne s’agit pas d’un rapport scientifique (au sens d’une présentation des faits résultant d’une analyse répéttable dans la limite d’hypothèses clairement formulées).

Cette présentation a ses mérites. Cependant certains commentaires conclusifs, concernant l’impact sur le transport littoral, me semblent peu justifiés et devraient être replacés dans leur contexte originel. Ces résultats ne constituent en aucun cas l’état de l’art en termes de connaissances et de moyens d’investigation disponibles à ce jour pour mener à bien une étude scientifique de l’impact sur le trait de côte de l’extraction de sable au large.

Au mieux, l’étude Seamer propose une perspective en termes de modélisation mathématique des courants et du transport sédimentaire induit par des conditions climatiques moyennes, id est qui ne reflètent pas les conditions les plus énergétiques et probables dans la zone d’intérêt.

En bref, un rapport d’études complet se doit :
• de rapporter sur les conditions climatiques réelles, définissant clairement la distribution temporelle et l’intensité des marées, du vent et des vagues, sachant que ces éléments constituent le moteur de la dynamique sédimentaire à une échelle de temps de l’ordre de quelques années.
• De rapporter les mesures ponctuelles enregistrées sur le terrain (vent, courants, vagues, sédiments), suite au déploiement d’une instrumentation de qualité et à la collection d’échantillons pendant une période de temps représentative des conditions climatiques locales.
• De rapporter les résultats de modélisation couvrant un domaine suffisamment étendu pour englober la zone d’intérêt, les principales caractéristiques bathymétriques et un nombre de scénarios représentatifs des conditions climatiques locales.
• De rapporter sur la représentativité et les limites des méthodes employées.
• De porter un jugement responsable sur les conséquences de l’altération des fonds marins, suite à l’extraction de sable, sur la qualité des eaux ainsi que sur la stabilité du trait de côte à terme.

Pour conclure, cette présentation de l’étude Seamer, commissionnée par Lafarge, soulève une sérieuse inquiétude quant à la représentativité des résultats. En effet, cette étude n’est pas satisfaisante puisqu’elle ne couvre pas l’étendue des moyens d’investigation disponibles aujourd’hui pour mener à bien une étude scientifique d’impact sur l’altération de l’environnement littoral. Elle fournit seulement une perspective limitée, fondée sur la modélisation mathématique de la dynamique sédimentaire, sans calibration ni même comparaison avec des mesures in situ. De plus, l’étude de modélisation Seamer considère uniquement un forçage par des conditions climatiques moyennes, négligeant ainsi le rôle majeur joué par des conditions plus énergétiques et bien présentes dans le spectre des possibilités, probabilités climatiques.

Un complément d’étude sur l’impact de l’extraction sous-marine de sable en milieu littoral est urgemment recommandé pour s’assurer que l’état de l’art en termes de connaissances et moyens d’investigation disponibles à ce jour soit employé avant l’exécution du permis d’exploitation par la compagnie Lafarge.

Cordialement

Dr Frédéric Saint-Cast
Posted by Bruno at 05:47:45 | Permanent Link | Comments (0) |
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