Vendredi, Mars 16, 2007

L'étude présentée par Lafarge est-elle scientifique ?

Document envoyé, par le Dr Frédéric Saint-Cast, du Physical Oceanography ans sedimentology Modeller petroleum and marine division à Canberra en Australie, en réponse à l'envoi du collectif le Peuple des dunes, pour expertise.
Objet : l'étude Seamer sur le projet d’extraction de sable dans la baie allant de Gâvres à Quiberon, commanditée par le groupe Lafarge . Etude à l'origine et support des différents articles parus récemment dans la presse locale :

Le Dr répond en français :

Merci pour ces documents Seamer. Malheureusement, il ne s’agit pas d’un rapport scientifique (au sens d’une présentation des faits résultant d’une analyse répéttable dans la limite d’hypothèses clairement formulées).

Cette présentation a ses mérites. Cependant certains commentaires conclusifs, concernant l’impact sur le transport littoral, me semblent peu justifiés et devraient être replacés dans leur contexte originel. Ces résultats ne constituent en aucun cas l’état de l’art en termes de connaissances et de moyens d’investigation disponibles à ce jour pour mener à bien une étude scientifique de l’impact sur le trait de côte de l’extraction de sable au large.

Au mieux, l’étude Seamer propose une perspective en termes de modélisation mathématique des courants et du transport sédimentaire induit par des conditions climatiques moyennes, id est qui ne reflètent pas les conditions les plus énergétiques et probables dans la zone d’intérêt.

En bref, un rapport d’études complet se doit :
• de rapporter sur les conditions climatiques réelles, définissant clairement la distribution temporelle et l’intensité des marées, du vent et des vagues, sachant que ces éléments constituent le moteur de la dynamique sédimentaire à une échelle de temps de l’ordre de quelques années.
• De rapporter les mesures ponctuelles enregistrées sur le terrain (vent, courants, vagues, sédiments), suite au déploiement d’une instrumentation de qualité et à la collection d’échantillons pendant une période de temps représentative des conditions climatiques locales.
• De rapporter les résultats de modélisation couvrant un domaine suffisamment étendu pour englober la zone d’intérêt, les principales caractéristiques bathymétriques et un nombre de scénarios représentatifs des conditions climatiques locales.
• De rapporter sur la représentativité et les limites des méthodes employées.
• De porter un jugement responsable sur les conséquences de l’altération des fonds marins, suite à l’extraction de sable, sur la qualité des eaux ainsi que sur la stabilité du trait de côte à terme.

Pour conclure, cette présentation de l’étude Seamer, commissionnée par Lafarge, soulève une sérieuse inquiétude quant à la représentativité des résultats. En effet, cette étude n’est pas satisfaisante puisqu’elle ne couvre pas l’étendue des moyens d’investigation disponibles aujourd’hui pour mener à bien une étude scientifique d’impact sur l’altération de l’environnement littoral. Elle fournit seulement une perspective limitée, fondée sur la modélisation mathématique de la dynamique sédimentaire, sans calibration ni même comparaison avec des mesures in situ. De plus, l’étude de modélisation Seamer considère uniquement un forçage par des conditions climatiques moyennes, négligeant ainsi le rôle majeur joué par des conditions plus énergétiques et bien présentes dans le spectre des possibilités, probabilités climatiques.

Un complément d’étude sur l’impact de l’extraction sous-marine de sable en milieu littoral est urgemment recommandé pour s’assurer que l’état de l’art en termes de connaissances et moyens d’investigation disponibles à ce jour soit employé avant l’exécution du permis d’exploitation par la compagnie Lafarge.

Cordialement

Dr Frédéric Saint-Cast
Posted by Bruno at 05:47:45 | Permanent Link | Comments (0) |