Monday, March 26, 2007

Alain Bonnec - Peuple des dunes discours d'Erdeven le 25 mars 2007

 


Prise de parole d'Alain BONNEC,

Adjoint au Maire d'Erdeven, en charge de l'environnement.

Bonjour à toutes et à tous.


Sans revenir sur tout ce qui vient d'être dit, nous osons espérer que Lafarge, Italcementi
et le Ministère de l'industrie auront bien compris le message :
nous demandons l'arrêt pur et simple de ce projet.

Nous allons resté très vigilants et mobilisés pour informer encore plus largement
la population, et d'ores et déjà préparer une prochaine manifestation.

Je tiens à remercier tous les bénévoles pour la réussite de cette journée,
et également la Municipalité et le Comité des fêtes d'Erdeven,
pour la mise en place des équipements et du personnel des services techniques.

Enfin, un immense merci à vous tous, Peuple des Dunes,
de vous êtes déplacés si nombreux.

Nous comptons sur vous....sniff...sniff.....sniff

Posted by Bruno at 14:09:24 | Permanent Link | Comments (3) |

L'APPEL de Jean Gresy - Peuple des dunes discours d'Erdeven le 25 mars 2007


Prise de parole de Jean GRESY

Vice président de l’association de sauvegarde et protection du littoral de la presqu’île de Gâvres
et cofondateur du collectif des associations de défense de l’environnement, dénommé « Le peuple des dues »



Peuple des dunes,



Le combat que nous menons aujourd’hui se gagne sur 3 terrains, politique, scientifique et juridique.

Sur le terrain scientifique, vous avez entendu s’exprimer Yves Lebahy et Pierre Mollo qui, avec conviction, vous ont énoncé tous les risques d’un tel projet d’extraction de sable en mer.

Sur le plan politique, vous pouvez observer qu’un grand nombre d’élus, femmes et hommes, sont parmi nous aujourd’hui et la présence d’une candidate aux élections présidentielles témoigne de la dimension nationale de cette manifestation. A cette occasion, je voudrais aussi souligner le courage et remercier tout particulièrement madame la maire de Lanester qui a su résister à la multiplication des procédures engagées par les multinationales du ciment contre ses arrêtés, arrêtés déférés par l’autorité préfectorale devant le tribunal, parce qu’elle ose refuser le débarquement du sable sur le port du Rohu.

Sur le plan juridique enfin, un recours administratif a été introduit par l’association de sauvegarde et de protection du littoral de la presqu’île de Gâvres, voici plus de 18 mois. Le tribunal administratif de Rennes ne s’est pas encore prononcé à ce jour.

En effet, une seule issue s’offre à nous si nous voulons sauver le cordon dunaire, l’application par les pouvoirs publics du principe de précaution.

Car les textes sont là qui permettraient de protéger un tel patrimoine de l’humanité et de nous défendre contre ce pillage : textes internationaux, textes européens, textes nationaux.

Mais la France est l'un des pays les plus en retard pour la mise en œuvre du droit communautaire de l'environnement.

La France a pourtant signé la convention des Nations unies sur le droit de la mer, ainsi que la convention Ospar qui énonce l'obligation pour tous les Etats de protéger et de préserver le milieu marin et d'appliquer le principe de précaution.

A ce titre, les Etats doivent s’engager à prendre des mesures de prévention dès lors qu’il y a des motifs raisonnable de s'inquiéter, c'est-à-dire lorsqu'une activité est susceptible de nuire aux ressources biologiques et aux écosystèmes marins et cela même s'il n'y a pas de rapport de causalité entre l'action et ses effets.

La France a aussi adhéré au traité instituant la communauté européenne qui rappelle que « les exigences de la protection de l'environnement doivent être intégrées dans la définition et la mise en œuvre des politiques …,…afin de promouvoir le développement durable. » et que ces politiques doivent être fondées sur les principes de précaution et d'action préventive.

Même affirmation dans la jurisprudence de la cour de justice de la communauté européenne pour laquelle il n’est pas nécessaire désormais de rapporter la preuve de l'existence d’un dommage potentiel, mais seulement du risque éventuel de ce dernier, pour justifier de l'application immédiate du principe de précaution. Et lorsqu’il existe une incertitude, l’autorité compétente devra refuser l’autorisation.

Le droit international et européen est clair ; notre droit national l’est aussi puisque les principes de la charte de l’environnement, désormais élevés au rang de principe constitutionnel, font un devoir à tous les citoyens de défendre la nature, en vue d’un développement durable.

Alors pourquoi tant de complaisance de la part des pouvoirs publics à seconder les projets de multinationales qui, malgré des chiffres d’affaire colossaux, profitent de la mondialisation pour justifier leurs pratiques et les masquent de surcroît sous une image trompeuse d’industriels soucieux de développement durable ?


(Contrevérités)
C'est pourquoi, au nom du peuple des dunes, je voudrais dénoncer ici toutes les contrevérités qu’à coups de dizaines de milliers d'euros, en achetant des pages entières dans la presse, les cimentiers publient fréquemment :

- contrevérité quand ils disent qu’il n'y a pas de vie sous la mer, qu’il n'y a pas de nurseries ou de frayères de poissons précisément à l'endroit où ils veulent creuser.

-contrevérité lorsqu’ils affirment qu'ils n'auraient l'intention de prélever que 600 000 tonnes par an alors que ce genre de déclaration concernant le tonnage d'extraction n'est pas effectuée ordinairement avant de commencer les recherches, mais seulement après, lorsqu'est sollicité le permis d'extraction.

-contrevérité lorsqu’ils avancent un chiffre quelque qu’il soit, en tonnage d’extraction, puisqu’il n'existe aucun contrôle de ces activités de recherche ou d’exploitation car aucune administration n’est susceptible d'encadrer et de vérifier l'ampleur et l'étendue des prélèvements opérés sur zone.

-contrevérité toujours lorsqu’ils soutiennent que leurs extractions seront sans incidence sur l’état du trait de côte au motif que leurs bureaux d’études en attestent. Qu’ils aillent voir les conséquences déplorables des autres expériences sur l’état des plages du cap Fréhel, de Saint Jean du Doigt ou de Lannion, par exemple, et qu’ils entendent d’autres scientifiques que nous avons consultés et qui sont d’un avis totalement contraire !

Sans entrer ici dans un débat scientifique, il faut que vous sachiez que leurs bureaux d’études ne sont pas à la pointe de l’art en termes de connaissances et de moyens d’investigation disponibles à ce jour pour analyser l’impact sur le trait de cote de l’extraction de sable au large. Ils se sont en effet exclusivement fondés sur la modélisation mathématique de la dynamique sédimentaire, sans calibrage ni même comparaisons avec des mesures faites in-situ. De plus l’étude de modélisation ne prend en compte que des conditions climatiques moyennes, et ne couvre pas le spectre de conditions plus violentes telles que nous en avons connues dans un passé récent.

C’est pourquoi, devant ce danger imminent, nous nous sommes tous mobilisés.

Sachez qu’il n’y place pour aucune solution négociée avec les cimentiers, car nous ne transigerons pas sur les valeurs qui sont au cœur de notre action. Il n’y a place ni à l’arbitrage, ni à la conciliation, ni à la médiation. Comme on ne peut gagner contre la volonté souveraine du peuple dans une démocratie, il est facile d’anticiper le fait que les cimentiers ont déjà perdu la partie.


xxx
C’est pourquoi,

Ici, ce soir, se brise le projet d’extraction de sable. Celui-ci devait conduire dans le plus grand secret, sans concertation des citoyens, sans consultation des élus, sans étude d'impact préalable, à transformer une région préservée en un vaste bassin industriel où tous les pêcheurs, ostréiculteurs, plaisanciers n'auraient plus leur place.

Ici, ce soir, émerge la prise de conscience citoyenne face aux décisions des pouvoirs publics.

La décision prise depuis Paris par un éphémère ministre de l'industrie est relayée sur place par l'autorité sous préfectorale. Cette dernière, au lieu de s'attacher à des missions de service public, c'est-à-dire à la prise en compte de l'intérêt général des populations locales, préfère prendre le parti de deux multinationales.

Ici, ce soir, est né un mouvement citoyen issu de la société civile, sans attaches partisanes, mû uniquement par le désir de préserver la nature et l'environnement. Ce mouvement prend naissance là même où, voici 30 ans, un projet de défiguration du site par la construction d'une centrale nucléaire a été mis en échec par la mobilisation des hommes de progrès.

Ici, ce soir, se forge l'espérance : nous n'étions au début qu'une petite poignée d'hommes libres et résolus. « j'ai rencontré ce matin devant la haie de mon champ une troupe de marins, d'ouvriers, de paysans ». Ils ont été rejoints ici par des femmes et des enfants, par des actifs et des retraités. Ce n'est plus une troupe. C'est un peuple debout qui se lève et qui marche. C'est un peuple fort de la conviction qu'il a de la légitimité de ce combat.

Ce peuple : c'est le peuple des dunes.


Au nom du peuple des dunes,
nous voulons lancer depuis ERDEVEN
un appel solennel :


- Nous appelons tous les scientifiques à nous rejoindre et à nous prêter leur concours et leur expertise,

- Nous appelons tous les enseignants à évoquer avec leurs élèves ou leurs étudiants les préoccupations liées à l’extraction de sable en mer, afin que de proche en proche toutes les familles soient sensibilisées au débat environnemental,

- Nous appelons tous les journalistes à enquêter partout, le long des côtes françaises ,européennes ou internationales, sur les conséquences résultant pour les plages des extractions de sable en mer, afin de faire savoir au monde entier leurs conséquences dommageables et irréversibles pour l'environnement,

- Nous appelons tous les fonctionnaires d’Etat qui travaillent pour des instituts de recherche ou des laboratoires sur la climatologie, la sédimentologie, la courantologie à briser leur devoir de réserve en révélant à tous l’état de leurs observations et de leurs recherches pour participer publiquement au débat sur la défense de notre environnement,

- Nous appelons tous les hommes politiques, tous les maires, tous les conseillers généraux, tous les députés et sénateurs de ce département, à se positionner clairement face aux extractions de sable en mer, afin que les électeurs puissent les choisir en toute connaissance de cause pour les représenter et défendre.

- Nous appelons les pouvoirs publics à enregistrer, au vu de ce grand rassemblement, la très vive opposition des habitants de cette région et à en tirer toutes conséquences, au regard de la politique affichée du gouvernement, et du Président de la République en matière de protection de l’environnement,

- Nous appelons toute la communauté bretonne à se mobiliser et à se tenir prête, si nous ne sommes pas entendus, pour d'autres manifestations à Lorient, à Vannes, à Rennes, et si nécessaire pourquoi pas à Paris,

- Nous appelons tous les Français à réfléchir ensemble à une politique de développement durable qui donnerait la préférence au recyclage des matériaux, à la recherche et à l'innovation dans les matériaux de construction,

- Nous appelons tous ceux qui vivent le long des côtes françaises et dont les plages ont été agressées, à rejoindre le collectif des associations de défense environnementale, le Peuple des Dunes, ou à constituer d’autres collectifs de défense ayant le même objet, dont l’action pourra à terme être unifiée au niveau national.

- Nous appelons, en dernier lieu, tous les hommes de bonne volonté, tous les jeunes, tous les internautes à diffuser cet appel auprès de leurs parents, amis ou relations afin que les idées et les valeurs mise en mouvement à ERDEVEN, fassent le tour du monde et demeurent de façon permanente en alerte face aux marchands d’oubli et au sommeil volontairement entretenu des marchands de sable.


Vive le Peuple des dunes

Non à l'extraction de sable


Posted by Bruno at 10:21:18 | Permanent Link | Comments (5) |

Yves Lebahy - Peuple des dunes discours d'Erdeven le 25 mars 2007

 


Prise de parole d'Yves LEBAHY

Géographe

 

Pourquoi je me suis mobilisé ?

Pourquoi avons-nous à nous mobiliser ?



Lorsque j’ai eu connaissance de ce projet, il y a quelques mois seulement, et des premiers documents qui circulaient à son sujet, j’ai tout de suite été en alerte pour trois types de raisons au moins.

La première, mettait en jeu des documents scientifiques expliquant que l’opération serait sans effets sur le littoral.
C’est ignorer que toute action humaine quelle qu’elle soit, où qu’elle soit, génère un déséquilibre des milieux et je suis trop attaché au principe de géosophie cher à certains géographes, c'est-à-dire un rapport profond de sagesse et d’humilité que doit entretenir l’homme à l’égard de la terre qui nous porte et nous nourrit, pour n’avoir pas été immédiatement en alerte, surtout sur un milieu aussi complexe et ignoré que le milieu marin au contact des côtes.

A la lecture de ces documents, j’ai été en effet surpris de certaines affirmations. Ainsi l’action de la houle sur les fonds était niée ou tout au moins minimisée ce qui remettait en cause tout ce que j’ai pu apprendre dans le passé sur cette question et que j’enseigne auprès de mes étudiants. Mais le doute primant, je me suis mis à la recherche d’informations qui ont confirmé mes présomptions, j’ai interrogé à ce sujet des personnes qualifiées en la matière, comparé mes estimations aux leurs ; ils n’ont en rien contredit mes hypothèses. Mieux, tout récemment une plongée sur le site d’étude, réalisée par –38 m a démontré que les impacts étaient encore plus importants que ceux que nous pouvions imaginer. Il y a bien sur les fonds de la zone potentielle d’exploitation mise en mouvement des sédiments. Et l’étude de sites proches démontre à quel point l’action humaine en la matière est déstabilisante : je pense à la disparition du poulier de la Laïta résultant 50 ans après des extractions de sables de l’époque de l’occupation et de la reconstruction, aux interrogations quant aux perturbations constatées de la plage des Grands sables à Groix.

Que dire alors de la minimisation ou l’occultation dans ces études d’autres phénomènes tout aussi importants dans les dynamiques littorales, tels que ceux des courants de dérive littorale, de transfert présents ou passés des sédiments de systèmes dunaires fossiles vers les systèmes dunaires observables aujourd’hui sur le trait de côte, des évolutions morphologiques du trait de côte et de tous ces incidents ponctuels observés ces dernières années. Toutes interrogations qui restent sans réponse dans ces analyses scientifiques.

Mais plus grave, celles-ci, dépendantes de commanditaires intéressés, donnent la nette impression d’être téléguidées ou bienveillantes, focalisées aux seuls besoins de l’extraction et ignorant les effets environnants, limitant leurs analyses aux seuls effets immédiats mais ne prenant pas en compte les résultantes sur la totalité de la zone. Et surtout, on peut être amené à douter de leur sérieux car elles ne prennent pas en compte tous les phénomènes, ne les perçoivent pas sur un temps long, sur des conditions variables de milieu (tant actuellement que dans l’histoire géologique récente), ne tiennent pas compte de leurs limites techniques sur ce champ spatial limité et fluctuant dont les dynamiques sont très difficiles à modéliser. Elles semblent enfin ignorer ce que la simple observation peut révéler à l’œil exercé du géographe que je suis : la morphologie des côtes révèle bien plus que certaines analyses physiques ou mathématiques pointues qui focalisent leur raisonnement sur des aspects limités de la question.

Face à de telles incertitudes d’analyse, un principe simple doit prévaloir : le principe de précaution. Il guide actuellement tous les textes internationaux, européens ou nationaux en matière d’aménagement et de comportement des hommes face aux milieux. Dans le doute abstenons nous : Nous avons trop d’exemples en tête parfois très proches (barrage d’Arzal, marémotrice de la Rance), d’actions humaines fondées sur des études scientifiques soit disant irréprochables qui démontrent aujourd’hui leur aberration. Ce que souligne un des derniers rapport de l’Observatoire du littoral de l’Institut Français de l’Environnement (Ifen n°113 de Sept.2006) lequel met en rapport la forte régression d’1/4 du littoral métropolitain avec les exactions de l’homme. Que dire alors lorsque le niveau des mers aura augmenté de 50cm ?



La seconde relève des contradictions inhérentes aux activités humaines

portées sur ce milieu fragile et convoité que constitue la côte sud de la Bretagne voire tout le littoral de la Région , si ce n’est la région toute entière. Il s’agit ici d’une raison profondément politique au sens profond du terme. Elle souligne les contradictions croissantes auxquelles est confrontée notre société en terme de gestion de son territoire. Dans les années 60/70, cette dernière s’est peu à peu orientée vers une économie touristique et de villégiature, signe de ce qu’elle a pris pour un accès à la « modernité ». Aujourd’hui elle est dans l’œil du cyclone et cette logique arrive à son terme : le littoral breton concentre 1/3 des constructions réalisées sur le littoral français, la côte du Morbihan à elle seule 10%. Or la moitié de ces constructions sont des résidences secondaires ou de retraite et le phénomène, s’il n’est freiné voire stoppé, ne peut que se poursuivre : 300 000 nouveaux habitants sont attendus d’ici 2020, 150 000 pour le seul Morbihan. Or ceux-ci n’ont qu’un rêve : accéder à un pavillon individuel en bord de mer. Une bonne part des besoins en sables actuellement avancés (1,2 millions de tonnes/an) résulte de cette pression que rien ne vient contrecarrer et des besoins en construction qu’elle génère.

On sait aujourd’hui les conséquences de tels choix en matière économique, sociétale, environnementale. C’est la déstabilisation des activités primaires dépendantes d’un milieu naturel de qualité et fondement pérenne de nos économies. C’est l’éclatement social et générationnel qui affecte notre société, dont le coût social, culturel et économique est lourd pour la collectivité et l’identité de nos milieux.

C’est la destruction irrémédiable par l’artificialisation des milieux et paysages que tout le monde nous envie.

Mais c’est aussi la destruction progressive de ces équilibres et des harmonies paysagères, le risque de déstabiliser indirectement le trait de côte par ces extractions que cette économie de la villégiature fondée pourtant sur ces qualités environnementales, vient elle-même détruire : le serpent se mord la queue.

Nous sommes arrivés au point majeur de la contradiction :

il nous faut opérer d’autres choix économiques, définir une autre logique de vie. La question de cette extraction a au moins le mérite de poser le problème et de souligner l’impasse dans laquelle nos sociétés se sont engagées depuis 40ans. Dans le cadre d’un développement durable, il nous faut stopper nos actions prédatrices, restreindre nos activités minières à la stricte nécessité !

Elle remet en cause notre urbanisation littorale, nos modes de constructions fondés sur des matériaux non recyclables, notre dépendance à l’égard de ressources particulières du milieu. Elle souligne « la disparition de l’identité sociale culturelle et économique du littoral, le gaspillage d’atouts et de ressources géographiques économiques et humaines d’une immense valeur et qui ne sont en rien renouvelables » - Cf texte du CNADT du 9 Juillet 2003, Message d’alerte, un nouveau contrat social pour le littoral -.

Et c’est bien là le troisième point.

Cette citation démontre les contradictions entre une volonté politique affichée à laquelle les populations doivent se convertir et des pratiques de gestion des territoires d’un autre âge. Il en résulte une cacophonie que le citoyen ne comprend plus. Avec un tel projet un pacte social est rompu.

Car la politique de gestions des littoraux a beaucoup évolué ces derniers temps. Elle est passée d’une logique de protection à une logique de préservation, c'est-à-dire d’une logique de correction à une logique d’anticipation . A travers la mise en application de la Gestion intégrée des zones côtières (GIZC), prônée par l’Union européenne et mise en application par la France en 2004, c’est toute une pratique de responsabilisation des populations côtières à l’égard de leur milieu, tant sur terre qu’en mer, qui est lancée. Elle vise à l’auto responsabilisation des collectivités locales à l’égard de leur territoire, au développement d’une écocitoyenneté, à une gestion anticipatrice et partagée sur des projets à longs termes.

Ce territoire du Pays d’Auray et de Lorient est au cœur de la mutation. N’a-t-il pas mis en œuvre une opération Grand Site, remarquable par son ampleur et ses enjeux. Le territoire de la Rivière d’Etel, en avance dans la réflexion sur la cohabitation de activités agricoles et conchylicoles, a été retenu il y a un an comme territoire d’expérimentation de la GIZC parmi 27 autres sur le littoral métropolitain ; c’est qu’il en valait la peine. La mutation des esprits politiques et citoyens en en œuvre sur ces territoires. Il ne faut en rien la stopper !
 
Le projet d’extraction y débarque sans qu’une réelle information , une véritable discussion avec les populations et leurs représentants ne se soit développée. C’est ignorer les mutations en cours en matière de politique littorale, les efforts demandés aux collectivités et l’implication nécessaire des populations dans le choix de leur projet de vie.
 
Il y a là rupture d’un contrat moral et politique.
 
Il y a là risque de détourner les populations de la mutation politique essentielle à engager pour que ces littoraux restent des lieux de vie, de loisirs mais aussi de travail pour tous.
 
Cette question est encore plus essentielle.

A tous ces titres ce projet d’extraction ne semble en rien pertinent. Il doit être analysé en d’autres termes sinon radicalement stoppé.


Y.L.


Posted by Bruno at 10:20:46 | Permanent Link | Comments (2) |

Pierre Mollo - Peuple des dunes discours d'Erdeven le 25 mars 2007


Prise de parole de Pierre Mollo

Enseignant chercheur

 

Erdeven
25 mars 2007

 

De la biodiversité des vases et des sables découle la diversité des métiers de la pêche et la conchyliculture

Gérer les ressources vivantes de la bande côtière, c’est aussi prendre en compte les ressources halieutiques hauturières.

La terre nourrit la mer notamment par la rivière qui est un véritable trait d’union. Les êtres vivants des océans ont besoin des nourriceries des marais littoraux, des estuaires et des fonds sableux pour se développer, comme la terre a besoin des forêts pour nourrir son sol. De la même façon, dans les vases des estuaires, les microorganismes du sol vont digérer les matières végétales en décomposition, à leur tour ces microorganismes, par leurs déjections, vont alimenter les bactéries qui se transformeront ensuite en sels nutritifs indispensables au bon développement des plantes et des algues.

Le transfert des nutriments de ces espaces continentaux jusque dans la mer concourt à faire des zones humides littorales des sites privilégiés, des interfaces entre terre et mer. Du mélange subtil des eaux riches en éléments minéraux et des eaux océaniques naîtra une production diversifiée de phytoplancton qui, à son tour, alimentera toute la chaîne trophique du plancton.

La grande diversité végétale et animale marine dépend de la préservation de ces équilibres naturels.

Du vivier de la mer nous vivrons si, demain, nous savons protéger le vivant de la terre, des vases et des sables.

Les profondeurs océaniques apportent leurs contributions aux productions importantes d’espèces marines. Depuis la nuit des temps, le peuplement des océans, par la vie et la mort successives, n’a eu de cesse d’accumuler dans les profondeurs abyssales des sels minéraux dus à la décomposition de la matière organique. La mécanique océanique « UPWELLING » remonte des profondeurs des eaux froides les nutriments nécessaires à la prolifération, dans les eaux de surface, des algues microscopiques. L’oxygène produit par ce phytoplancton favorisera le développement du zooplancton (herbivore de ces microorganismes) qui deviendra à son tour la proie essentielle des poissons fourrages (sprats, anchois, sardines…) qui eux-mêmes feront le bonheur des grands prédateurs.

Ainsi, à la rencontre des eaux estuariennes et des profondeurs abyssales se développe toute la biodiversité halieutique de nos mers côtières. La brièveté de la vie du plancton en fait un excellent indicateur de la qualité des milieux aquatiques. Il est la synthèse à l’aval des actions de l’amont, il est le résultat du comportement des actions humaines (physique, chimique, biologique ; les barrages ; les extractions de sables ; les pesticides ; les déjections…). Les modifications et les perturbations du plancton participent à la raréfaction de certaines espèces et peuvent déséquilibrer les réseaux trophiques et la pyramide de la vie marine.

La spécificité du littoral breton est dû à sa géographie, véritable laboratoire à ciel ouvert, le panache des eaux estuariennes s’en allant bien au delà des espaces côtiers, vers le large. Ainsi, le large, voire le grand large, bénéficie des apports de nutriments transportés par les courants continentaux. Les professionnels de la pêche hauturière doivent donc se sentir concernés et être attentifs à la qualité des eaux côtières : leur métier en dépend. Les choix d’aménagement du littoral ont également des résonances sur l’écologie des mers et leurs conséquences peuvent devenir irréversibles pour les ressources marines. L’aquaculture (mise à part la conchyliculture) n’est pas la baguette magique contre la diminution des stocks de poissons.

Elle n’est qu’une des étapes qui a permis d’acquérir les savoir-faire en matière de reproduction et d’obtention de juvéniles d’espèces marines. Elle pourrait devenir demain une activité au service du repeuplement des mers. La mer, comme la terre, sera alors capable d’assurer la production des protéines nécessaires à l’humanité à venir.


Aujourd’hui les menaces d’extraction de sédiments risquent de mettre à plat tous les efforts engagés depuis de nombreuses années.

Les pêcheurs, les conchyliculteurs ce sont regroupés pour mener ensemble des actions de concertation pour la reconquête de la qualité des eaux côtières.

La mise en suspension des sables et des vases occasionnées par des extractions intensives de sable peuvent à terme réveiller des microorganismes en dormance dans les sédiments, et ainsi encourager la prolifération d’espèces de phytoplancton indésirable qui mettront en péril toute l’économie de l’ostréiculture et de la pêche du site de la Ria d’Etel avec une répercussion sur toute la bande côtière de cette région.


Posted by Bruno at 10:13:24 | Permanent Link | Comments (7) |

André Berthou - Peuple des dunes discours d'Erdeven le 25 mars 2007


Prise de parole d'André BERTHOU,

Président de l'Association de Sauvegarde et de Protection du Littoral de la Presqu'ile de Gâvres

ERDEVEN
25 mars 2007


Je vous remercie d’être venus si nombreux soutenir le Peuple des Dunes contre l’extraction de sable et graviers siliceux marins, à 5 kms au large d’Etel, entre la presqu’île de Gâvres et la presqu’île de Quiberon.


Votre présence aujourd’hui, sur le site, montre bien votre indignation à l’égard de ce projet de recherche qui a été accordé, le 3 mai 2005, aux sociétés Lafarge et Italcimenti, détenteurs du PER Sud Lorient (permis exclusif de recherche)

Depuis toujours, les pêcheurs connaissent la « Baie d’Etel» comme lieu de pêche. Comme des milliers de confrères, j’ai passé de nombreuses années de ma vie sur cette mer que j’aime et que je respecte.

Aujourd’hui, il faut que le « Peuple des Dunes » sache que l’extraction de granulats prévue devrait se faire pile dans la zone de pêche exploitée depuis des siècles.

Je suis sur l’eau depuis 38 ans et j’ai tenu la barre d’un bateau de pêche pendant 31 ans, nuit et jour. Je peux vous dire que, du haut de la passerelle, avec mon équipage, j’ai affronté des mers difficiles et houleuses sur cette zone. C’est la raison pour laquelle on m’a élu président de l’association de sauvegarde et de protection du littoral de la presqu’île de Gâvres.

Oui, ce périmètre prévu pour l’extraction est un secteur de pêche important pour les professionnels. Ils sont environ une centaine de bateaux artisans à fréquenter régulièrement ce secteur de pêche. Ces professionnels pratiquent des métiers différents, tels que les filets, les casiers, la ligne, le chalut , auxquels il faut ajouter les sardiniers qui pêchent sur cette zone, pour ainsi dire, toute l’année, avec des périodes d’abondance de début juin à fin octobre.

Tout ce secteur est d’une richesse infinie aussi bien en poissons plats (soles, turbots, carrelets, baudroies) qu’en poissons ronds (merluchons, merlans, lieux, lançon, tacos, bars). Il y a également les poissons pélagiques, comme les sardines, les maquereaux, les anchois, les mulets et les sprats, sans oublier les crustacés, araignées, crabes, tourteaux et crevettes roses.

Une analyse du contenu d’un seau de sable prélevé dans un tas de sable d’extraction sur la quai de Great Yarmouth, en Angleterre, fait ainsi état de l’extermination de la vie marine. L’auteur, Pat Gowen, a trouvé : « 28 embryons de sole, carrelets, limandes et turbots ; 18 étoiles de mer ; 10 crevettes ; 18 crabes de plusieurs sortes, une langouste, plusieurs moules, coques et couteaux et diverses espèces de plantes marines ».

Cela veut dire qu’à court terme toute cette zone très riche sera sinistrée, d’où un manque à gagner pour les professionnels de la pêche.

Il faut savoir également que pendant 150 jours par an, il n’est pas possible d’aller en mer, sur cette zone ; qu’il faut par ailleurs composer avec les artilleurs du polygone de tir en mer de Gâvres, ce qui prouve que lorsque les cimentiers affirment qu’ils enverront un bateau chaque jour pour faire des prélèvements, ils n’ont aucune connaissance de la mer et des réalités locales. Et les grandes houles, dont Lafarge dit qu’elles ne dépassent pas 30 heures par an, sont beaucoup plus fréquentes et sont redoutables.

Ces mêmes professionnels de la pêche sont déjà confrontés à plusieurs facteurs négatifs, comme par exemple le carburant cher, les contrôles maritimes, les quotas etc.

Il est évident qu’une autorisation d’exploitation par les sociétés Lafarge et Italcimenti dans le secteur prévu pour l’extraction obligerait les pécheurs à se délocaliser vers d’autres pêcheries.

Secteurs, d’ailleurs, déjà occupés par un certain nombre d’autres marins. Ce qui de fait, diminuera la rentabilité de chaque bateau puisque les parts du gâteau deviendront automatiquement plus petites avec, en plus, le risque d’une cohabitation difficile pouvant amener des tensions entre marins.

Je pense également aux pécheurs professionnels à pieds qui travaillent sur les grèves ou les plages le long des dunes et qui ne pourront plus continuer à vivre de leur métier si le sable s’en va.

Cette baie d’Etel, cette petite tache, sur une carte, a su nourrir des milliers de familles. On y pêche encore ; on y pêchera toujours ; oui, mais à une seule condition : qu’on ne touche pas au fond !!

De savoir qu’en une seule extraction par jour, des milliers de m2 du fond de la mer seront détruits pour des dizaines d’années me révolte.

Une suceuse ne fait pas de détail !!! Tout y passe : sable, graviers, galets… mais aussi vers, petits crustacés, mollusques, œufs et laitances, c'est-à-dire TOUT ce qui sert de nourriture aux poissons… Sans compter le caractère trouble de l’eau remuée par les vases.


Bien, bien avant 30 ans d’exploitation, les pêcheurs auront alors déserté les lieux de pêches de nos ancêtres. Pour aller où ? Nulle part !! Pour mettre leur sac à terre…

Le pêcheur que je suis ne peut se plier aux exigences des cimentiers.

Nous ne saurons accepter ce projet fou ! Ni ici, ni ailleurs du reste.

A nous tous de protéger nos deux patrimoines : la beauté de la côte et notre pêche artisanale, pour nous et les générations futures.


Posted by Bruno at 10:06:05 | Permanent Link | Comments (2) |