Sunday, March 30, 2008

Pourquoi un comité scientifique indépendant est-il nécessaire ?

Quel projet de société voulons nous sur le littoral?

(discours fest noz Port Louis le 08 Septembre 2007)

Par Yves Lebahy

Géographe


Dans cette affaire des prélèvements de granulats marins du secteur Gâvres-Quiberon qui nous intéresse, mais fort probablement dans des démarches analogues de recherche et d’extraction situées dans d’autres secteurs géographiques en cours ou envisagés, deux questions majeures se trouvent posées depuis le début et ne facilitent en rien le dialogue avec le consortium des groupes qui demande ce permis d’exploitation, dialogue auquel nous n’avons jamais été fermés mais qui semble actuellement dans l’impasse (à en croire les représentants des groupes incriminés) :
- La crédibilité d’une communication au grand public d’un côté, qui pose tout autant la question de la neutralité de l’expertise scientifique que celle de l’utilisation qui en est faite.
- Les motivations de cette demande d’extraction qui posent le problème du besoin, c’est à dire celui du projet de société que nous voulons sur ce littoral.


Sur le premier point, la communication qui est faite à partir des expertises scientifiques pose problème. Il ne s’agit pas de mettre ici en cause le sérieux de ces études, conduites le plus souvent par des experts et des bureaux d’études reconnus, mais bien de mesurer l’impact de leur dépendance à l’égard d’un commanditaire qui représente uniquement l’intérêt des sociétés d’extraction qui les financent, dans des conclusions unilatérales qui peuvent paraître contestables sur certains points. Mais plus que la crédibilité de leurs conclusions, c’est l’usage qui en est fait par les groupes pour communiquer à l’égard du grand public, les utilisant pour affirmer que ces prélèvements sont sans danger pour les équilibres naturels et faunistiques. Or certains arguments sèment le doute, plus qu’ils n’apportent de la crédibilité à l’argumentaire développé. La communication ainsi réalisée semble peu honnête, voire manipulatrice; exemples : l’absence d’effets de la houle sur les fonds de plus de 20 m, le rôle d’obstacle d’une soit disant barrière rocheuse dans la migration des sédiments, l’absence d’interférence entre les systèmes dunaires depuis 8000 ans… toutes affirmations suspectes pour qui est informé de ces choses.
Dans quelle mesure peut-on considérer comme crédibles de telles affirmations péremptoires ? Elles ne relèvent en rien de la prudence et de l’humilité que doivent avoir les conclusions scientifiques normalement marquées par le doute et l’interrogation. Elles jettent un discrédit sur l’argumentaire développé par les groupes sur ces sujets d’importance, dans leur communication.
Les études, pour être crédibles doivent rester neutres. Elles nécessitent du temps (15 ans en Grande Bretagne pour des études analogues). La communication qui en est faite doit être humble, mesurée et nuancée. Se trouve ainsi posée la question fondamentale d’un comité scientifique indépendant de tout intérêt, confrontant les points de vue et contrôlé par les institutions en place. C’est ce que nous appelons de nos vœux.


Quant au second point, celui des besoins en sables, il mérite lui aussi d’être nuancé. Certes les tendances actuelles du marché nécessitent un approvisionnement croissant sur la région mais aussi en Ile de France et dans le Sud Ouest, pour ne rester que sur le marché français. En Bretagne, plus particulièrement, il est réel : effectivement le marché breton consomme actuellement 10 tonnes de granulat par habitant et par an quand le marché national s’établit sur une moyenne de 7t/h. Mais cette tendance est-elle dans une logique économique justifiée dans le cadre d’un développement durable auquel nombreux sont ceux qui s’y réfèrent ? Quant on sait qu’actuellement en zone littorale, c’est à dire là où résident les 2/3 de la population de la région, la moitié des constructions réalisées sont des résidences secondaires, on peut s’interroger sur le bien-fondé d’un tel besoin. Même les responsables régionaux du tourisme s’inquiètent aujourd’hui de ces orientations qui, au-delà de la simple question de la déstabilisation du trait de côte, condamnent à terme l’activité touristique de la région. Par ailleurs, les effets de telles orientations ont des conséquences socio-économiques néfastes et largement démontrées aux équilibres de la société : mono-activité touristique, exclusions sociale et générationnelle, mobilité accrue des populations. A un moment où la région se lance dans un projet pour son littoral (Cf : Charte du littoral breton) est-il pertinent de laisser les tendances du marché organiser ainsi notre vie et transformer de la sorte notre environnement ?

Il est urgent que les choix politiques priment sur les tendances économiques. Cette question du soi-disant besoin en sable est révélatrice des problèmes que doit affronter notre société. Ces besoins ne sont en rien une nécessité. Les instances politiques orientant un projet de vie pour les populations littorales de la région ont à se positionner sur cette question qui dépasse largement la simple dimension locale de Gâvres-Quiberon. Nous attendons leurs réponses.

Yves LEBAHY
Géographe
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Thursday, July 12, 2007

Peuple des dunes : Extractions de sable et principe de précaution

Revue de presse

Le Télégramme édition d'Etel
Les divers articles du 12 juillet 2007
Sujet : conférence du Peuple des Dunes à Etel


Extractions de sable et principe de précaution

La mobilisation contre le projet d’extractions de sable entre les plages d’Erdeven et Groix ne s’érode pas après la manifestation massive en mars à Kerhillio (12.000 personnes) : mardi soir, la salle du musée des Thoniers était trop petite pour accueillir tous ceux venus participer à la conférence-débat du Peuple des dunes.

Pierre Mollo, Jean-Pierre Le Visage et Yves Lebahy ont argumenté pied à pied contre les assurances des cimentiers Lafarge et Italcimenti, pour démontrer, au contraire, l’existence de dangers et risques liés à ces extractions : perturbations du milieu et de la chaîne alimentaire naturelle à partir des planctons, risque d’érosion du trait de côte et de submersions marines comme le 17 mars à Wissant (62), mise en péril de la pêche mais aussi de l’ostréiculture, atteintes à la qualité des eaux de baignade, menaces pour le tourisme...

«En mer, les distances ne paraissent pas les mêmes», explique Jean-Pierre Le Visage.«En 30 ans, l’extraction des 18 millions de tonnes annoncées représente un camembert de trois mètres d’épaisseur couvrant la surface de la commune de Belz et d’Etel réunies.»

« Pour exporter en Angleterre »
Mais au niveau strictement scientifique, Yves Lebahy notait que si les argumentations finissent pas ressembler à «un jeu du chat et de la souris où on prouvera tout et son contraire», la raison en est que la question est trop éminemment complexe pour se satisfaire d’études d’une « trop grande brièveté » et d’une communication jugée « sans crédibilité » de la part des cimentiers. Sur l’utilité de ces extractions, Yves Lebahy balayait l’argument selon lequel elles ne devraient servir qu’aux besoins locaux d’une Bretagne, déficitaire en granulats : «C’est un écran de fumée ! Une des destinations est l’Angleterre.» «On trouve toujours le même argument du besoin local de la part des industriels, que ce soit pour les nitrates, la centrale de Plogoff ou d’Erdeven, ou les OGM », remarquait un participant dans la salle.

« Une pratique obsolète »
Enfin, Yves Lebahy a souligné le «télescopage entre des pratiques littorales obsolètes», représentées par ces extractions de sable sans recherche d’alternatives, mais aussi par l’économie de la villégiature avec toutes ces résidences secondaires - «Les deux tiers des constructions en zones littorales !» - et les démarches littorales actuelles menées sur ces mêmes sites, portées (et financées) par l’Europe et qui demandent la participation des populations intéressées (Natura 2000, gestion intégrée, etc.).


«Aucun risque pour l’environnement» d’après Lafarge

Par l’intermédiaire de son agence de relations publiques, le groupe cimentier Lafarge a tenu à réagir à la réunion du Peuple des dunes.

«Lafarge, qui conduit actuellement une phase d’étude et de recherche, a pris connaissance de cette réunion par voie de presse et regrette de ne pas avoir été conviée à participer à cet échange annoncé comme un débat et que la possibilité de s’exprimer ne leur a pas été offerte. Lafarge rappelle néanmoins que la phase de recherche, menée par des scientifiques et des cabinets d’études indépendants, a pour but de déterminer la faisabilité environnementale et technique du projet d’extraction de granulats marins. A ce jour, 50 kg de sable ont été prélevés sur la zone pour conduire des études scientifiques. Celles-ci ont toutes démontré, jusqu’à présent, l’absence de risque pour l’environnement. D’autres études sont en cours. Une fois cette phase de recherche achevée et dans l’hypothèse où elle s’avérait concluante, Lafarge déposerait alors une demande de concession qui porterait au maximum sur l’extraction de moins de 1 % du gisement.»

Un comité de suivi constitué

«Depuis le début du projet, Lafarge a toujours œuvré dans le sens de la transparence et du dialogue quant aux actions menées. Ainsi, Lafarge a choisi de rendre publiques toutes les études et a volontairement demandé la création, en 2005, dès l’obtention d’un permis de recherche, d’un comité de suivi, qui rassemble, sous la présidence de M. le sous-préfet de Lorient, les élus des communes environnantes, les représentants des administrations concernées et de l’Ifremer, les associations locales de protection du littoral, les comités locaux de pêche et les trois sociétés en charge du projet de recherche : la Société rennaise de dragages, filiale de Lafarge Granulats et GSM et Granulats Ouest, filiales d’Italcementi, afin de faire un point sur l’avancement des recherches.»


600.000 tonnes par an sur 30 ans

Actuellement, le projet en est à sa phase d’études, en vertu d’un permis de recherche exclusif (PER) délivré par arrêté ministériel le 3 mai 2005. A l’issue des études, il pourrait déboucher sur une concession minière annoncée initialement pour une durée de 50 ans, et qui serait réduite à 30 ans, avec un volume extrait de 600.000 tonnes par an, soit 18 millions de tonnes.


«Les études n’ont aucune crédibilité»


Yves Lebahy, géographe

«Les analyses sédimentaires présentées dans la communication de Lafarge souffrent d’une absence totale de crédibilité»

souligne le géographe Yves Lebahy.

«Elles ne présentent pas de prise en compte du temps long et de la zone dans son ampleur spatiale.»


«La chaîne de la vie en danger»


Pierre Mollo, biologiste

«Pourquoi si près de la côte et pas directement sur les plages ou la dune ?»,

interrogeait avec ironie Pierre Mollo, avant de pointer les effets de telles manipulations des sédiments par le«réveil» de planctons indésirables comme les dynophisis ou alexandrium.


«Les erreurs de Lafarge»


Jean-Pierre Le Visage
observatoire du plancton

«Quand on ne sait pas, on ne dit rien plutôt que de dire des bêtises»,
lançait Jean-Pierre Le Visage contre l’argumentaire de Lafarge qui assure que les fonds étaient stables, que les poissons continueront à vivre et qu’il n’y a pas d’espèce rare ou protégée.

«Pour nous, cette espèce à protéger, c’est le pêcheur !»

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Tuesday, June 26, 2007

Peuple des dunes : conférence-débat PER SUD-LORIENT

A Etel le mardi 10 juillet à 20h30, le collectif "Peuple des dunes" organise une conférence débat "PER SUD-LORIENT" sur le projet d'extraction de sable de mer, entre Gâvre et Quiberon par le groupe Lafarge.

Les intervenants :

Yves Lebahy,

professeur agrégé de géographie, enseignant à l'IUP d'Aménagement maritime et littoral à l'Université de Bretagne Sud - Lorient.
 

Pierre Mollo,

enseignant chercheur sur le site de Beg-Meil (Fouesnant, Finistère) de l'Agro-Campus régional de Rennes.

Etel, 3 impasse Jean Bart (direction le port)
entrée gratuite
informations au 02 97 55 26 67
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Monday, March 26, 2007

Yves Lebahy - Peuple des dunes discours d'Erdeven le 25 mars 2007

 


Prise de parole d'Yves LEBAHY

Géographe

 

Pourquoi je me suis mobilisé ?

Pourquoi avons-nous à nous mobiliser ?



Lorsque j’ai eu connaissance de ce projet, il y a quelques mois seulement, et des premiers documents qui circulaient à son sujet, j’ai tout de suite été en alerte pour trois types de raisons au moins.

La première, mettait en jeu des documents scientifiques expliquant que l’opération serait sans effets sur le littoral.
C’est ignorer que toute action humaine quelle qu’elle soit, où qu’elle soit, génère un déséquilibre des milieux et je suis trop attaché au principe de géosophie cher à certains géographes, c'est-à-dire un rapport profond de sagesse et d’humilité que doit entretenir l’homme à l’égard de la terre qui nous porte et nous nourrit, pour n’avoir pas été immédiatement en alerte, surtout sur un milieu aussi complexe et ignoré que le milieu marin au contact des côtes.

A la lecture de ces documents, j’ai été en effet surpris de certaines affirmations. Ainsi l’action de la houle sur les fonds était niée ou tout au moins minimisée ce qui remettait en cause tout ce que j’ai pu apprendre dans le passé sur cette question et que j’enseigne auprès de mes étudiants. Mais le doute primant, je me suis mis à la recherche d’informations qui ont confirmé mes présomptions, j’ai interrogé à ce sujet des personnes qualifiées en la matière, comparé mes estimations aux leurs ; ils n’ont en rien contredit mes hypothèses. Mieux, tout récemment une plongée sur le site d’étude, réalisée par –38 m a démontré que les impacts étaient encore plus importants que ceux que nous pouvions imaginer. Il y a bien sur les fonds de la zone potentielle d’exploitation mise en mouvement des sédiments. Et l’étude de sites proches démontre à quel point l’action humaine en la matière est déstabilisante : je pense à la disparition du poulier de la Laïta résultant 50 ans après des extractions de sables de l’époque de l’occupation et de la reconstruction, aux interrogations quant aux perturbations constatées de la plage des Grands sables à Groix.

Que dire alors de la minimisation ou l’occultation dans ces études d’autres phénomènes tout aussi importants dans les dynamiques littorales, tels que ceux des courants de dérive littorale, de transfert présents ou passés des sédiments de systèmes dunaires fossiles vers les systèmes dunaires observables aujourd’hui sur le trait de côte, des évolutions morphologiques du trait de côte et de tous ces incidents ponctuels observés ces dernières années. Toutes interrogations qui restent sans réponse dans ces analyses scientifiques.

Mais plus grave, celles-ci, dépendantes de commanditaires intéressés, donnent la nette impression d’être téléguidées ou bienveillantes, focalisées aux seuls besoins de l’extraction et ignorant les effets environnants, limitant leurs analyses aux seuls effets immédiats mais ne prenant pas en compte les résultantes sur la totalité de la zone. Et surtout, on peut être amené à douter de leur sérieux car elles ne prennent pas en compte tous les phénomènes, ne les perçoivent pas sur un temps long, sur des conditions variables de milieu (tant actuellement que dans l’histoire géologique récente), ne tiennent pas compte de leurs limites techniques sur ce champ spatial limité et fluctuant dont les dynamiques sont très difficiles à modéliser. Elles semblent enfin ignorer ce que la simple observation peut révéler à l’œil exercé du géographe que je suis : la morphologie des côtes révèle bien plus que certaines analyses physiques ou mathématiques pointues qui focalisent leur raisonnement sur des aspects limités de la question.

Face à de telles incertitudes d’analyse, un principe simple doit prévaloir : le principe de précaution. Il guide actuellement tous les textes internationaux, européens ou nationaux en matière d’aménagement et de comportement des hommes face aux milieux. Dans le doute abstenons nous : Nous avons trop d’exemples en tête parfois très proches (barrage d’Arzal, marémotrice de la Rance), d’actions humaines fondées sur des études scientifiques soit disant irréprochables qui démontrent aujourd’hui leur aberration. Ce que souligne un des derniers rapport de l’Observatoire du littoral de l’Institut Français de l’Environnement (Ifen n°113 de Sept.2006) lequel met en rapport la forte régression d’1/4 du littoral métropolitain avec les exactions de l’homme. Que dire alors lorsque le niveau des mers aura augmenté de 50cm ?



La seconde relève des contradictions inhérentes aux activités humaines

portées sur ce milieu fragile et convoité que constitue la côte sud de la Bretagne voire tout le littoral de la Région , si ce n’est la région toute entière. Il s’agit ici d’une raison profondément politique au sens profond du terme. Elle souligne les contradictions croissantes auxquelles est confrontée notre société en terme de gestion de son territoire. Dans les années 60/70, cette dernière s’est peu à peu orientée vers une économie touristique et de villégiature, signe de ce qu’elle a pris pour un accès à la « modernité ». Aujourd’hui elle est dans l’œil du cyclone et cette logique arrive à son terme : le littoral breton concentre 1/3 des constructions réalisées sur le littoral français, la côte du Morbihan à elle seule 10%. Or la moitié de ces constructions sont des résidences secondaires ou de retraite et le phénomène, s’il n’est freiné voire stoppé, ne peut que se poursuivre : 300 000 nouveaux habitants sont attendus d’ici 2020, 150 000 pour le seul Morbihan. Or ceux-ci n’ont qu’un rêve : accéder à un pavillon individuel en bord de mer. Une bonne part des besoins en sables actuellement avancés (1,2 millions de tonnes/an) résulte de cette pression que rien ne vient contrecarrer et des besoins en construction qu’elle génère.

On sait aujourd’hui les conséquences de tels choix en matière économique, sociétale, environnementale. C’est la déstabilisation des activités primaires dépendantes d’un milieu naturel de qualité et fondement pérenne de nos économies. C’est l’éclatement social et générationnel qui affecte notre société, dont le coût social, culturel et économique est lourd pour la collectivité et l’identité de nos milieux.

C’est la destruction irrémédiable par l’artificialisation des milieux et paysages que tout le monde nous envie.

Mais c’est aussi la destruction progressive de ces équilibres et des harmonies paysagères, le risque de déstabiliser indirectement le trait de côte par ces extractions que cette économie de la villégiature fondée pourtant sur ces qualités environnementales, vient elle-même détruire : le serpent se mord la queue.

Nous sommes arrivés au point majeur de la contradiction :

il nous faut opérer d’autres choix économiques, définir une autre logique de vie. La question de cette extraction a au moins le mérite de poser le problème et de souligner l’impasse dans laquelle nos sociétés se sont engagées depuis 40ans. Dans le cadre d’un développement durable, il nous faut stopper nos actions prédatrices, restreindre nos activités minières à la stricte nécessité !

Elle remet en cause notre urbanisation littorale, nos modes de constructions fondés sur des matériaux non recyclables, notre dépendance à l’égard de ressources particulières du milieu. Elle souligne « la disparition de l’identité sociale culturelle et économique du littoral, le gaspillage d’atouts et de ressources géographiques économiques et humaines d’une immense valeur et qui ne sont en rien renouvelables » - Cf texte du CNADT du 9 Juillet 2003, Message d’alerte, un nouveau contrat social pour le littoral -.

Et c’est bien là le troisième point.

Cette citation démontre les contradictions entre une volonté politique affichée à laquelle les populations doivent se convertir et des pratiques de gestion des territoires d’un autre âge. Il en résulte une cacophonie que le citoyen ne comprend plus. Avec un tel projet un pacte social est rompu.

Car la politique de gestions des littoraux a beaucoup évolué ces derniers temps. Elle est passée d’une logique de protection à une logique de préservation, c'est-à-dire d’une logique de correction à une logique d’anticipation . A travers la mise en application de la Gestion intégrée des zones côtières (GIZC), prônée par l’Union européenne et mise en application par la France en 2004, c’est toute une pratique de responsabilisation des populations côtières à l’égard de leur milieu, tant sur terre qu’en mer, qui est lancée. Elle vise à l’auto responsabilisation des collectivités locales à l’égard de leur territoire, au développement d’une écocitoyenneté, à une gestion anticipatrice et partagée sur des projets à longs termes.

Ce territoire du Pays d’Auray et de Lorient est au cœur de la mutation. N’a-t-il pas mis en œuvre une opération Grand Site, remarquable par son ampleur et ses enjeux. Le territoire de la Rivière d’Etel, en avance dans la réflexion sur la cohabitation de activités agricoles et conchylicoles, a été retenu il y a un an comme territoire d’expérimentation de la GIZC parmi 27 autres sur le littoral métropolitain ; c’est qu’il en valait la peine. La mutation des esprits politiques et citoyens en en œuvre sur ces territoires. Il ne faut en rien la stopper !
 
Le projet d’extraction y débarque sans qu’une réelle information , une véritable discussion avec les populations et leurs représentants ne se soit développée. C’est ignorer les mutations en cours en matière de politique littorale, les efforts demandés aux collectivités et l’implication nécessaire des populations dans le choix de leur projet de vie.
 
Il y a là rupture d’un contrat moral et politique.
 
Il y a là risque de détourner les populations de la mutation politique essentielle à engager pour que ces littoraux restent des lieux de vie, de loisirs mais aussi de travail pour tous.
 
Cette question est encore plus essentielle.

A tous ces titres ce projet d’extraction ne semble en rien pertinent. Il doit être analysé en d’autres termes sinon radicalement stoppé.


Y.L.


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Thursday, February 22, 2007

Problèmes soulevés par les prélèvements de sables marins

Analyse de Yves LEBAHY

photo Jy Collin 

Professeur de GéographieIUP d’aménagement maritime et littoralUniversité de Bretagne sud - Lorient

Cette réflexion n’est qu’une première approche subjective, qui sur chacun des points abordés méritera une étude scientifique spécifique et méthodique.Toutefois, une analyse rapide conduit à contester ce projet sur au moins quatre points et à remettre en cause sa pertinence au nom du simple principe de précaution.

Ces 4 points sont les suivants :
  • L’effet de ces prélèvements sur l’évolution du trait de côte et son équilibre morphologique dans un contexte qui sera très délicat d’ici peu en raison de l’élévation constatée du niveau marin.
  • L’effet de ces prélèvements sur la ressource halieutique.
  • La pertinence de ces prélèvements dans un contexte de raréfaction de la ressource et de développement durable.
  • La contradiction entre cette démarche et les orientations de la nouvelle politique littorale impulsée par l’Union européenne qui en ces lieux, plus particulièrement, mettent en cause des expérimentations amorcées en ce domaine.
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Thursday, February 01, 2007

Compte rendu de la réunion

samedi 27 janvier 2007

- présentation et signature de la charte du collectif « le Peuple des Dunes »

- préparation de la manifestation du 25 mars à 15 heures sur la plage d‘Erdeven

La parole est donnée en préambule à deux experts.

1. le professeur Yves Lebahy, de l’université Bretagne sud de Lorient

La question de l’extraction de sable dans la baie d’Etel doit être appréhendée sous trois angles : physique, économique et politique · approche physique : incidence de l’extraction sur le trait de côteSans aborder les paramètres biologiques, l’évolution géomorphologique du trait de côte, à l’heure actuelle, que ce soit du côté de Gâvres, de la Laïta ou même plus au nord des Glénans, laisse apparaître un amaigrissement très fort du trait de côte qui explique sans doute les submersions marines récentes qu’ont connues Gâvres mais aussi l’île Tudy.

Un fort amaigrissement du trait de côte

Ce processus est le résultat des prélèvements de sable effectués pendant la dernière guerre sur le site dunaire : un million de tonnes de sable pour la construction de la base sous-marine et environ 4 millions de tonnes pour la reconstruction de Lorient. Il en résulte un manque énorme de matériaux qui se fait sentir après un laps de temps de 50 ans. Ainsi s’explique sans doute la dérive littorale, liée à des retours de houle et qui se manifeste par une migration du sable de Penthièvre vers l’île Tudy.

La dune vit et les matériaux de sable qui l’alimentent ne proviennent pas des mouvements actuels de nos fonds sous-marins. Il résulte des dernières grandes glaciations et ce sont ces grands gisements de sable issus des grandes glaciations qui construisent aujourd’hui les dunes actuelles.

Opérer des prélèvements dans ces gisements de sable, c’est mettre en péril l’approvisionnement de la dune vive actuelle.

Il faut également prendre en considération tous les mouvements de la houle. Ces mouvements, dont certains disent qu’ils sont perceptibles sur une hauteur de 20 à 30 mètres, le sont peut-être jusqu’à 40 mètres. Et les effets sur les fonds dépendent de la longueur d’onde de la houle. La profondeur de la houle résulte de la moitié de cette longueur d’onde. Plus la longueur d’onde est forte, et plus les effets sur la profondeur sont importants.

Une forte élévation du niveau de la mer

Il faut prendre en compte également l’élévation du niveau de la mer. En 1990, lorsque les scientifiques faisaient état d’une élévation de 90 cm du niveau de la mer, aucun d’entre eux n’était crédible. Aujourd’hui, on sait d’ores et déjà, et c’est sans doute l’hypothèse la plus basse, que le niveau de la mer va augmenter d’ici 2080 de 60 à 80 cm. À Brest par exemple, le niveau de la mer a augmenté pendant des siècles d’environ 1 mm cinq par an et dans les dernières décennies, l’augmentation a été de 3 mm par an. Une élévation de 80 cm correspond à la disparition d’un tiers des Pays Bas.

Face à tous ces risques, seul le principe de précaution doit prévaloir. ·

Approche économique

Il faut savoir qu’en France, chaque année, sont consommés 419 millions de tonnes de béton pour une production de 401 millions de tonnes, soit un manque de 18 millions de tonnes dont le déficit se fait surtout sentir en Île-de-France et dans le sud-ouest de la France. Il existe donc un besoin énorme en granulats, et ce d’autant plus que des fournisseurs anciens comme la Norvège et la Grande-Bretagne sont aujourd’hui défaillants. La Grande-Bretagne a, en effet, fermé certains sites et s’est vue notamment empêcher la mise en exploitation d’un site dans l’île de Harrys, sous la pression des associations locales et de la société civile. Les cimentiers ont donc le couteau sous la gorge et se tournent vers des productions nouvelles. Il faut savoir également que la France est l’un des plus mauvais élèves en matière de recyclage des granulats. 16 % des besoins allemands en béton sont couverts par des matériaux issus du recyclage et 25 % en Grande-Bretagne, mais en France seulement 4,5 % des besoins sont pris en charge par le recyclage. Il faut donc impérativement renforcer la logique de recyclage qui correspond à une logique de développement durable et une demande forte au groupe Lafarge doit être faite en ce sens. Il convient également de se poser la question de la pertinence de l’usage systématique du béton qui répond à une logique de court terme alors que d’autres matériaux existent. Là encore, il faut faire de cette occasion de mobilisation liée à cette extraction de sable dans la baie d’Etel une exigence d’innovation pour les groupes industriels. ·

Approche politique

Enfin, ce projet de prélèvement de sable se fait selon des méthodes cachées, ce qui va à l’encontre de ce que cherche à promouvoir l’Europe sur la gestion des littoraux. Le lancement de ce projet s’est fait ici à l’encontre des orientations de cette gestion intégrée qui va dans le sens d’une responsabilisation des populations à l’égard de leurs propre territoire.

La France est là encore la plus en retard en Europe sur cette question et cette affaire d’extraction de sable peut ici également jouer le rôle de catalyseur permettant une gestion responsable de nos territoires.

A cela s’ajoute une contradiction totale dans les décisions prises par l’État : d’un côté l’opération grand site dunaire exigeante sur le plan financier, de l’autre un projet d’extraction de sable qui menace ce même grand site dunaire. Il est donc important d’essayer de recenser tous les arguments permettant d’informer la population sur l’ensemble des conséquences que ce projet emporte. Il convient ensuite de sensibiliser l’ensemble des responsables politiques afin de mettre en œuvre une gestion intégrée de cette question. Une étudiante va se voir confier un travail d’étude pour collecter l’ensemble des argumentaires y afférant.

2 . Pierre Mollo : conseiller scientifique de l’Observatoire du Plancton

(obsplancton@wanadoo.fr)

Pierre Mollo déclare, en préambule, que son devoir était d’être là compte tenu de la ghravité de la situation. Une extraction de 18 millions de tonnes en 30 ans représente quelque chose de totalement impressionnant au regard de deux phénomènes : l’augmentation du niveau de la mer et les effets de la houle sur le cordon dunaire, dont on ne connaît pas à ce jour les évolutions futures. L’observatoire du plancton étudie actuellement les marais salants de Guérande dont la configuration n’a pas bougé depuis près d’un siècle et sur lesquels pèsent aujourd’hui une menace liée notamment à l’élévation du niveau de la mer. Il dénonce ce qu’il appelle un effet shadock de certaines décisions publiques : d’un côté, on pompe le sable, de l’autre on désenvase, dans des ports notamment.

Là encore on constate une mauvaise utilisation des sédiments excédentaires : pourquoi ne pas réutiliser les vases ? Pourquoi ne pas réutiliser les 20 000 tonnes de coquilles de moules et d’huîtres disponibles ?

Aujourd’hui, la biodiversité est en train de se transformer et l’on constate une migration vers le nord de nombreuses espèces, la morue par exemple mais aussi les rougets qui arrivent sur nos côtes.. Dire que cette zone qui va de Quiberon à Gâvres n’est pas une frayère pour poissons est inadmissible et les sédiments sont riches de toute une vie que l’on ne voit pas.

L’observatoire réfléchit à la possibilité d’aller faire des prélèvements pour observer sur place le plancton, afin de prouver qu’il y a de la vie et de donner aux cimentiers et décideurs publics des arguments « en béton » sur le bien-fondé de notre action.

3. présentation de la Charte et discussion · La Charte

Après lecture de la Charte par le président, le vice-président expose la philosophie qui sous-tend la rédaction de cette charte qui est proposée à la signature de l’ensemble des associations du collectif.

D’abord le nom, « le peuple des dunes », destiné à rassembler, sous un titre mobilisateur, l’ensemble des personnes qui vivent ou travaillent à proximité des dunes. Puis, le rappel du principe constitutionnel du respect de l’environnement, inscrit dans la charte de l’environnement, valeur d’autant plus importante qu’elle est au cœur de la protection des sites par Natura 2000 et du projet du grand site dunaire, tous deux menacés par cette extraction de sable. Elle inscrit notre action enfin dans un état de nécessité et dans un continuum des générations présentes et à venir pour montrer précisément qu’il convient de faire pièce aux décisions politiques lorsqu’elles sont centrées sur le court terme et qu’elles menacent l’avenir de nos enfants et notre planète. ·

La rencontre avec Lafarge

Le président et le Vice-président font état également de la rencontre récente avec des représentants de Lafarge et de Italcementi. Positions bloquées de part et d’autre mais qui ont laissé poindre deux sources d’irritation profonde chez le représentant de Lafarge : l’idée que l’on puisse porter atteinte à l’image de Lafarge comme industriel soucieux de développement durable, et l’idée que l’on puisse mettre en avant des questions financières et donc la recherche du profit pour expliquer cette extraction en mer près de nos côtes. Autrement dit, la critique faite à un Lafarge pollueur, et voulant à la fois le sable et l’argent du sable est une critique qui fait mouche. Par ailleurs, il a été clairement exprimé que le sable présent près de nos côtes était un granulat d’une grande richesse qui convenait tout à fait aux besoins des cimentiers.

À notre demande de savoir pourquoi d’autres sables ne pouvaient être utilisés, sable en excédent dans certains lieux du territoire ou bien sable du désert saharien, il a été prétendu que ces sables étaient trop fins pour faire du ciment.

A notre demande également de savoir pourquoi Lafarge ne finançait pas des projets de recherche et d’innovation soit pour trouver d’autres matériaux, soit pour utiliser ces sables très fins, aucune réponse n’a été apportée. Cette réunion avait sans doute pour but, du côté de Lafarge, de tester la détermination du collectif. De ce point de vue, la volonté de poursuivre par des manifestations, y compris, si les cimentiers ne revenaient pas sur leur décision, au moment du festival interceltique de Lorient, leur a été exprimée avec force. · La discussionLes éléments essentiels de la discussion tournent autour des thèmes suivants :- Nécessité d’être crédibles et d’asseoir notre légitimité sur des argumentaires scientifiques de grande rigueur, pour faire pièce aux experts du bureau Seamer, de Lafarge. - Mais en même temps, parce que le rapport de forces nous est extrêmement défavorable, nécessité de ne pas se faire piéger par le désir d’être reconnu comme un bon élève au milieu des bons élèves. Il s’agit ici de se faire entendre et donc d’utiliser ce qui fait notre différence, c’est à dire notre passion, notre conviction que nous agissons pour le bien des générations futures, y compris si, pour ce faire, il faut emprunter quelques chemins de traverse.

4. L’organisation de la manifestation : le 25 mars 2007 sur la plage d’Erdeven, à 15 heures

Jimmy Pahun présente le dispositif destiné à assurer le succès de cette manifestation pour laquelle nous attendons une mobilisation de l’ordre de 10 000 personnes.

- 1000 affiches à apposer le plus largement possible, chez les commerçants. Une proposition d’affiche a été présentée. Suite aux réactions qu’elle a suscitées, il a été décidé qu’un petit groupe de travail retravaillerait la maquette et rendrait son projet pour le mardi 30 janvier.

- 20 000 affichettes à distribuer au sortir des grands magasins, des réunions publiques, des écoles, dans tous les lieux collectifs, afin d’appeler à la manifestation du 25 mars 2007. Les groupements hôteliers devront également être sollicités.

Pour ces deux outils, il convient également de permettre à chacun de télécharger affiches et affichettes sur le site ou simplement de les avoir à disposition par mail afin de diffuser le plus largement possible, par courrier électronique, cette invitation à manifester.

- Des autocollants à vendre pour un montant à déterminer et qui nous permettra de financer les actions à venir

- L’ouverture d’une nouvelle adresse e-mail : peupledesdunes@gmail.com

- L’ouverture d’un blog : http://peupledesdunes.blog.com

- L’ouverture d’un forum « le peuple des dunes » auquel vous accédez par l’adresse http://peupledesdunes.annuaire-forums.com et dont le de mode d’emploi pour l’inscription dans le forum est joint en annexe.

La gestion de ces trois derniers outils nécessite de faire appel à un modérateur, d’autant qu’il convient d’être très vigilant sur le contenu des propos qui paraîtront sur le site afin d’éviter tout contentieux en la matière.

- La création de banderoles pour la manifestation

- La location d’un système de sonorisation

- Le recours à un bagad

Le coût pour l’ensemble de ces outils est estimé à 5 000 €. Les contributions doivent être envoyées à l’association de sauvegarde et de protection du littoral de la presqu’île de Gâvres (ASPLPG), qui identifiera un compte séparé pour le collectif « le peuple des dunes ».

La proposition qui est faite est celle d’une contributions à hauteur de 1 euro par adhérent dans chaque association. Certaines associations, et notamment l’association de l’école de voile de Port-Louis, « porh loeiz skiff voile » répondent par l’affirmative à cette proposition. D’autres, qui constituent en fait des fédérations regroupant un grand nombre d’associations, préfèrent utiliser une autre clé de répartition pour leur contribution à cette manifestation. Dans l’attente des contributions qui seront donc à verser à l’ASPLPG, une collecte est ouverte, en sortie de réunion, pour aider au financement des premières actions

Annonces et décisions prises

Posted by Bruno at 15:22:01 | Permanent Link | Comments (21) |